‹ uvres complètes de MolièreChapitre 171 sur 553 · SCÈNE I. — ÉRIPHILE , CLITIDAS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — ÉRIPHILE , CLITIDAS

CLITIDAS.

De quel côté porter mes pas? où m'aviserai-je d'aller ? el en quel lieu puis-je croire que je trouverai maintenant la princesse Ériphile? Ce n'est pas un petit avantage que d'être le premier à porter une nouvelle. Ah! la voilà! Madame, je vous annonce que le ciel vient de vous donner l'épour qu'il vous destinoit.

ÉRIPniLE.

Eh ! laisse-moi, Clilidas, dans ma sombre mélancolie.

CUTI D AS.

Madame, je vous demande pardon. Je pensois faire bien de vous venir dire que lo ciol vient de vous donner Soslrale pour époux ; mais, puisque cola vous incommode , je rengaine ma nouvelle , el m ou retourne droit comme je sui« venu.

ÉRIPHILE

Clitidas! holà, Clilidas!

CLITIDAS.

Je vous laisse, madame, dans votre sombre mélancolie.

ÉRIPHILE

Arrête, te dis-je; approche. Que viens-tu me dire?

CLITIDAS.

Rien, madame. On a parfois des empressements de venif dire aux giands de certaines choses dont ils ne se soucieat pas, et je vous prie de m'excuser.

ÉBIPOILE.

Que tu es cruel !

CLITIDAS.

Une autre fois j'aurai la discrétion de ne vous pas venir interrompre.

ÉRIPHILE

Ne me tiens point dans l'inquiétude. Qu'est-<:e que tv viens m'annoncer?

CLITîDAS.

C'est une bagatelle de Sostrate, madame, que je vous dirai une autre fois, quand vous ne serez point onibarrnssée.

ÉRIPHILE

Ne me fais point languir davantage , te dis-je , et m'apprends celle nouvelle.

CLTTIDAS.

Vous la voulez savoir, madame?

ÉRIPHILE

Oui ; dépèche. Qu'as-tu à me dire de Sostrate?

CLITFDAS.

Une aventure merveilleuse, où personne ne s'attendoit

ÉRIPHILE

Dis-moi vite ce que c'est.

CLITIDAS.

Cela ne troublera-t-il point, madame, votre sombre méliocolie ?

ÉRIPHIIE.

Ah! parle promptement.

CLITIDAS.

J'ai donc à vous dire, madame, que la princesse votre mère passoit presque seule dans la forêt, par ces petites routes qui sont si agréables , lorsqu'un sanglier hideux (ces vilains sangliers-là font toujours du désordre, et l'on devroit les bannir des forêts bien policées), lors , dis-je , qu'un sanglier hideux , poussé , je crois , par des chasseurs , est venu traverser la route où nous étions*. Je devrois vous faire peut-être, pour orner mon récit, une description étendue du sanglier dont je parle; mais vous vous en passerez, s'il vous plaît, et je me contenterai de vous dire que c'étoit un fori vilain animal. Il passoit son chemin , et il éloit bon de ne lui rien dire , de ne point chercher de noise avec lui ; mais àa princesse a voulu égayer sa dextérité , et de son dard , quelle lui a lance un peu mal à propos, ne lui en déplaise , lui a fait au-dessus de l'oreille une assez petite blessure. Le sanglier, mal morigéné, s'est impertincmment détourné contre nous : nous étions là deux ou trois misérables qui avons pâli de frayeur; chacun gagnoit son arbre, et la prin-

• Il y a encore ici an petit soiivenir de la Princesse (TÉlide. Dans cette pièce , :|n saDgIicr menace aussi Its juins. de la princesse, et caiiae une frsxeiir mortelle A Uoi'on, qui est encore dus voliroa que Clitidas. (Auger.^

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