ACTE II!, SCENE IX. 5T
ClÉONTE.
Peut-on rîen voir d'égal, Covielle, à cette perfidie de l'ingrate Lucile?
COVIELLE-
Et à celle, monsieur, de la pendarde de Nicole ?
CLÉONTE
Après tant de sacrifices ardents, de soupirs et de vœus que j'ai faits à ses charmes !
Après tant d'assidus hommages , de soins et de services que je lui &i rendus dans sa cuisine!
r.LÉONTE.
Tant de larmes que j'ai versées à ses genoux !
COVIELLE
Tant de seaux d'eau que j'ai tirés au puits pour elle !
CLÉONTE
Tant d'ardeur que j'ai fait paroître à la chérir plus que' moi-même !
COVIELLE
Tant de chaleur que j'ai soufferte à tourner la broche à «a place !
CLÉOSTE.
Elle me fuit avec mépris !
COVIELLE
Elle me tourne le dos avec effronterie!
CLÉONTE
C'est une perfidie digne des plus grands châtiment»
COVIELLE
C'est une trahison à mériter mille soufflets.
^ CLÉONTE
Ne t'avise point, je te prie, de me parler jamais p ,:..
COVIELLE
Moi, monsieur? Dieu m'en garde!
Ne viens point m'excuscr l'action de cette infidèle.
COVIELLE
N'ayez pas peur.
CLÉONTE
Non, vois-tu, tous tes <?iÊeours pour la défendre ne eervi' ront de rien.
COVIELLE
Qui songe à cela?
CLÉONTE
Je veux contre elle conserver mon ressentiment, et rompre «nscmble tout commerce.
COVIELLE
J'y consens.
CLÉONTE
Ce aïonsieur le comte qui va chez elle lui donne peutêtre dans ia vue; et son esprit, je le vois bien, se laisse éblouir à la qualité. Mais il me faut, pour mon honneur, prévenir l'éclat de son inconstance. Je veux faire autant Je pas qu'elle au changement où je la vois courir, et ne lui laisser pas toute la gloire de me quitter.
COVIELLE
C'est fort bien dit, et j'entre pour mon compte dans tous vos sentiments
Donne la main à mon dépit, et soutiens ma résolution contre tous les restes d'amour qui me pourroient parler pour elle. Dis-m'en, je t'en conjure, tout le mai que tu pourras. Fais-moi de sa personne une peinture qui me ia rende méprisable, et marque-moi bien, pour m'en dégoûter, tous les défauts que tu peux voir en elle,
COVIELLE
Ole, monsieur? voilà une belle mijaurée, une pimpesouée' bien bâtie, pour vous donner tant d'amour! Je ne lui vois rien que de très médiocre ; et vous trouverez cent personnes qui seront plus dignes de vous. Premièrement, elle a les yeu£ petits.
CLÉONTE
Cela est vrai, elle a les yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchauts qu'on puisse voir.
COVIELLE
Elle a la bouche grande. T
CLÉONTE. % '
Oui ; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches; et celle bouche, en la voyant, inspire des dcsirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde.
Pimfiiouée se ili--ait d'une feisœi: qui fïit la délicïtc et la préciSBie.