‹ uvres complètes de MolièreChapitre 246 sur 553 · ACTE V, SCEiNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCEiNE VII

LUCILE

Je n'eu ferai rien.

MONSIEUR JOURDAIN

Ah! que de bruit! Allons, vous dis-je. Çà, votre maie.

LUCILE

Non, mon père; je vous l'ai dit, il n'est point de pouvoir qui me puisse obliger à prendre un autre mari que Cléonte; et je me résoudrai plutôt à toutes les extrémités, que de... (R^connoissani Cléonte.) Il est Vrai que VOUS êtes mon père ; je vous dois entière obéissance ; et c'est à vous à disposer de moi selon vos volontés.

MONSIEUR JOURDAIN

Ah ! je suis ravi de vous voir si promptement revenue dans votre devoir; et voilà qui me plaît, d'avoir une fille obéissante.

SCÈNE VII. — MADA:\1E JOURDAIN, CLÉONTE, MONSIEUR JOURDAIN, LUCILE, DORANTE, DORIMÈNE. COVIELLE.

MADAME JOURDAIN

Comment donc? qu'est-ce que c'est que ceci? on dit que vous \oulez donner votre fille en mariage à un carêmeprenant*.

MONSIEUR JOURDAIN

Voulez-vous vous taire , impertinente? Vous venez toujours mêler vos extravagances à toutes choses; et il n'y a pas moyen de vous apprendre à être raisonnable.

MADAME JOURDAIN

C'est vous qu'il n'y a pas moyen de rendre sage ; et vous allez de folie en folie. Quel est votre dessein, et que voulezvous faire avec cet assemblage?

MONSIEUR JOURDAIN

Je veux marier notre fille avec le fils du Grand Turc.

MADAME JOURDAIN

Avec le fils du Grand Turc?

MONSIEUR JOURDAIN, montrant Covielle.

Oui. Faites-lui faire vos compliments par le truchemeni que voilà.

' C'est-à-dire à un masque du mardi gras. Voir plus haut la note aur carême yrenant, ibid., act. III, »c. UI.

ôlG LE BOURGKOIS GE-NTILHOMME.

MADAME JOURnAIN.

Je n'ai que faire du truchement, et je lui dirai bien, inoi-inème, à son nez, qu'il n'aura point ma fille.

MONSIEUR JOURDAIN

Voulez-vous vous taire, encore une fois '

OORANTE.

Comment! madame Jourdain , vous vous opposez à ua honneur comme celui-là? vous refusez Son Altesse turque pour gendre?

MADAME JOURDAIN

Mon Dieu! monsieur, mélez-vous de vos affaires.

DORIMÈNE

C'est une grande gloire qui n'est pas à rejeter.*

MADAME JOURDAIN

Madame, je vous prie aussi de ne vous point embarrasser de ce qui ne vous touche pas.

DORANTE

C'est l'amitié que nous avons pour vous qui nous fait intéresser dans vos avantages.

Je me passerai bien de votre amitié.

DORANTE

Voilà voire fille qui consent aux volontés de son père

MADAME JOURDAIN

Ma fille consent à épouser un Turc?

DORANTE

Sans doute.

MADAME JOURDAIN

Elle peut oublier Cléonte?

DORANTE

Que ne fait-on pas pour être grand' dame?

MADAME JOURDAIN

•le l'étranglerois de mes mains, si elle avoit fait un oup comme celui-là.

MONSIEUR JOURDAIN

Voilà bien du caquet! Je vous dis que ce mariage-îà &« fera.

MADAME JOURDAIN

Je VOUS dis, moi, qu'il ne se fera point.

MONSIEUR JOURDAIN

Âh! que de bruit!

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