ACTE II, SCENE
PSTCHÉ.
Seigneur, une douceur ici vous ost offerte : Votre hymea a re(;u plus d'un prések'it des dieuïj
Et, par une faveur ouverte, ils ne vous ôtent rien, en m'ôtant à vos yeux,- Dont ils n'aient pris le soin de réparer la perte. Il vous reste de quoi consoler vos douleurs ; Et cette loi du ciel, que vous nommez cruelle.
Dans les deux princesses mes sœura,
Laisse a ramitié paternelle
Où placer toutes ses douceurs.
LE ROI
Ah! de n^cs maux soulagement frivole!
Rien, rien ne s'offre à moi qui de toi me console. C'est sur mes déplaisirs que j'ai les yeux ouverts;
Et, daus un destin si funeste,
Je regarde ce que je perds ,
Et ne VOIS point ce qui me reste.
'•^SYCUÉ.
Vous savez mieux que moi qu'aux volontés des dieus,
Seigneur, il faut régler les nôtres , Et je ne puis vous dire , en ces tristes adieux , Que ce que beaucoup mieux vous pouvez dire aux autres.
Ces dieux sont maîtres souverains
Des présents qu'ils daignent nous faire,
Ils ne les laissent dens nos mains
Qu'autant de temps qu'il peut leur plaire.
Lorsqu'ils viennent les retirer.
On n'a nul droit de murmurer Des grâces que leur main ne veut plus nous étendre Seigneur, je suis un don qu'ils ont fait à vos vœux; Et quand, par cet arrêt, ils veulent me reprendre, , Us ne vous ôtent rien que vous ne teniez d'eux ; Et c'est sans murmurer que vous devez me rendre. ■
LE ROI
Ah ! cherche un meilleur fondement consolations que ton cœur me présente; de la fausseté de ce raisonnement.
Ne fais point un accablement A cette douleur si cuisante.
Dont je souffre ici le tourment.
538 PSYCHÉ
Crois-tu là me donner une raison puissante
Pour ne me plaindre point de cet arrêt des c\ea%i
Et dans le procédé des dieux ,
Dont tu veux que je me contente,
Une rigueur assassinante
Ne paroîl elle pas aux yeux?
Vois l'état où ces dieux me forcent à te rendre, Et l'autre où te reçut mon cœur infortuné; Tu connoîlras par là qu'ils me viennent reprendra
Bien plus que ce qu'ils m'ont donné.
Je reçus d'eux en toi , ma fille , Un présent que mon cœur ne leur demandeit pas
J'y trouvois alors peu d'appas, Et leur en vis. sans joie, accroître ma famille.
Mais mon cœur, ainsi que mes yeux, S'est fait de ce présent une douce habitude : J'ai mis quinze ans de soins, de veilles et d'éîtiîî»
A me le rendre précieux; Je l'ai paré de l'aimable richesse
De mille brillantes vertus; En lui j'ai renfermé, par des soins assidus. Tous les plus beaux trésors que fournit la sagesse. A lui j'ai de mon ame attaché la tendresse ; J'en ai fait de ce cœur le charme et l'allégresse, La consolation de mes sens aballus,
Le doux espoir de ma vieillesse.
Ils m'ôtent tout cela, ces dieux!
Et lu veux que je n'aie aucun sujet de plainte Sur cet affreux arrêt dont je souffre l'atteinte! Ah! leur pouvoir se joue avec trop de rigueur
Des tendresses de notre cœur.
Pour m'ôter leur présent, leur falloit-il attendr»
Que j'en eusse fait tout mon bien .'' Ou plutôt, s'ils avoient dessein de le reprendre » r^'eût-il pas été mieux de ne me donner rien ?
PSYCHÉ
Seigneur, redoutez la colère De ces dieux contre qui vous osez éclater.
LE ROI
Après ce coup, que peuvetit-iis me faire? Ils m'ont mis en état de ne rien redoutée.