‹ uvres complètes de MolièreChapitre 296 sur 553 · SCÈNE II. - PSYCHÉ , AGLAURE , GIDIPPF · texte numérisé non relu

SCÈNE II. - PSYCHÉ , AGLAURE , GIDIPPF

PSYCHÉ

Je viens vous dire adieu ; mon amant vous renvoie ,

Et ne sauroit plus endurer Que vous lui retranchiez un moment de la joie Qu'il prend de se voir seul à me considérer. Dans un simple regard , dans la moindre parole,

Son amour trouve des douceurs

Qu'en faveur du sang je lui vole ,

Quand je les partage à des sœurs.

AGLAIRE.

La jalousie est assez fine ;

Et ces délicats sentiments

Méritent bien qu'on s'imagine Que celui qui pour vous a ce? empressement»

Passe le commun dos amants. Je vous en parle ainsi, faute de le connoître. Vous ignorez son nom, et ceux dont il tient l'être;

Nos esprits en sont alarmés.

Je le tiens un grand prince , et d'un pouvoir suprémef

Bien au delà du diadème ; Ses trésors , sous vos pas confusément semés, Ont de quoi faire honle à l'abondance même;

Vous l'aimez autant qu'il vous aime;

Il vous charme, et vous le charmez Votre félicité, ma sœur, seroit extrénw,

Si vous saviez qui vous aimez.

PSYCHÉ

Que m'importe? j'en suis aimée.

PSYCHE

Plus il me voit, plivs je lui plais.

Il n'est point de plaisirs dont l'anie soit charmé»

Qui ne préviennent mes souhaits; Et je vois mal de quoi la vôtre est alarmée-,

Quand tout me sert dans ce palais

AGLAURE

Qu'importe qu'ici tout vous serve, Si toujours cet amant vous cache ce qu'il est? Nous ne nous alarmons que pour votre intérêt. En vain tout vous y rit, en vain tout vous y plaît Le véritable amour ne fait point de réserve;

Et qui s'obstine à se cacher Sent quelque chose en soi qu'on lui peut reprocher.

Si cet amant devient volage (Car souvent, en amour, le change est assez doui;

Et j'ose le dire entre nous, Pour grand que soit l'éclat dont brille ce visage, 0 en peut être ailleurs d'aussi belles que vous); Si, dis-je, un autre objet sous d'autres lois l'engage;

Si , dans l'état où je vous voi ,

Seule en ses mains , et sans défense ,

U va jusqu'à la violence.

Sur qui vous vengera le roi , Ou de ce changement, ou de cette insolence

PSYCHÉ

Ma sœur, vous me faites trembler.

Juste ciel, pourrois-je être assez infortunée...

CIDIPPE.

Que sait-on si déjà les nœuds de l'hyménée...

PSYCHÉ

N'achevez pas ; ce seroit m'accabler.

AGLACRE.

Je n'ai plus qu'un mot à vous dire :

Ce prince qui vous aime, et qui commande aux vents. Qui nous donne pour char les ailes du Zéphyre , Et de nouveaux plaisirs vous comble à tous moments, Quand il rompt à vos yeux l'ordre de la nature , Peut-être à tant d'amour mêle un peu d'imposture; Peut-être ce palais n'est qu'un enchantement; Et ces lambris dorés, ces amas de richesses.

Dont il achète vos tendresses.

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