SCÈNE II. - OCTAVE, SCAPIN , SYLVESTRE
SCAPIN
Quest-ce, seigneur Octave? Qu'avez-vous? Qu'y a-t-il? Quel désordre est-ce là? Je vous vois tout troublé.
Ah! mon pauvre Scapin, je suis perdu; je suis désespéré j je suis le plus infortuné de tous les hommes.
SCAPIN
Comment?
OCTAVE
N'as-tu rien appris de ce qui me regarde?
SCAPIN
Non.
OCTaVE.
Mon père arrive avec le seigneur Géroute , et ils me veulent marier.
SCAPIN
Hé bien! quy a-t-il là de si funeste?
OCTAVI:.
Hélas ! tu ne sais pas la cause de mon inquiétude.
SCAPIN
Non ; mais il ne tiendra qu'à vous que je la sache bientôt; et je suis homme coasolatif *, homme à m'intéresser aux affaires des jeunes gens.
OCTAVE
Ah. Scapin, si tu pouvois trouver quelque invention, forger quelque machine, pour me tirer de la peine où je suis, je croirois t'ètre redevable de plus que la vie.
SCAPIN
A vous dire la vérité,. il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m'en veux mêler. .l'ai sans doute reçu du ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d'esprit, de ces galanteries ingénieuses, à qui le
'Pascal a di'. uinsolatif à... et consolatif pour... :
< Discours bien consolatif à cciii qui ont assez de liberté d'esprit..., etc. » — € Un beau mol de saint Augiislin est bien consolatif pour de cerliiines per» «ouoet. » F. Génia.)
414 LES rOllKBEUIES DE SCAPIN.
vulgaire ignorant donne le nom de fourberies ; et je puis dire, sans vanité, qu'on n'a guère vu d'homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et d'mtrigues , qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier. Mais, ma foi, ie mérite est trop maltraité aujourd'hui; et j'ai renoncé à Crûtes choses depuis certain chagrin d'une affaire qui m'arr:va.
OCTAVE
Comment? quelle affaire, Scapia?
SCAPIN
Une aventure où je me brouillai avec la justice.
OCTAVE
La justice ?
SCAPIN
Oui. Nous eûmes un petit démêlé ensemble.
SYLVESTRE
Toi et la justice?
SCAPIN
Oui. Elle en usa fort mal avec moi ; et je me dépitai de telle sorte contre l'ingratitude du jiècle , que je résolus de ne plus rien faire. Baste! Ne laissez pas de me conter votre aventure.
OCTAVE
Tu sais, Scapin, qu'il y a deux mois que le seigneur Géronte et mon père s'embarquèrent ensemble pour un voyage qui regarde certain commerce où leurs intérêts sont mêlés*.
8CAPIN.
Je sais cela.
OCTAVE
Et que Léandre et moi nous fûmes laissés par nos pères . moi sous la conduite de Sylvestre, et Léandre sous ta dileetion.
SCAPIN
Oui Je me suis fort bien acquitté de ma charge.
OCTAVE
Quelque temps après , Léandre fil rencontre d'une jeune Egyptienne dont il devint amoureux.
SCAPIN
Je sais cela encore.
- tout le réci» qui va suivre est tué du PKormicn de Téience.