‹ uvres complètes de MolièreChapitre 415 sur 553 · ACTE 11, SCÈNE VI. o^o · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE VI. o^o

Heurter le fondement de toutes les sciences, La grainmaiie, qui sait régenter jusqu'aux rois, Et les fait, la main haute , obéir à ses lois '!

CHRYSALK.

Du plus grand des forfaits je la croyois coupable.

rniLAMINTE.

Quoi ! vous ne trouvez pas ce crime impardonnable?

CHRYSALE

Si fait.

PniLAMlNTE.

Je voudrois bien que vous Texcusassiei^

CHUYSALE.

Je n'ai garde.

BÉLISE

Il est vrai que ce sont des pitiés.

Toute construction est par elle détruite; Et des lois du langage on l'a cent fois instruite.

MARTINE

Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon, Mais je ne saurois, moi, parler votre jargon.

PHILAMINTE

L'impudente! appeler un jargon !e langage Fondé sur la raison et sur le bel usage !

MARTINE

Quand on se fait entendre, on parle toujours bien. Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

PniLAMINTE.

Hé bien! ne voilà pas encore de son style? Ne servent pas de rien!

BÉLISE

0 cervelle indocile!

Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment, On ne le puisse apprendre à parler congrûment'* De pas mis avec rien tu fais la récidive; Et c'est , comme on t'a dit , trop d'une négative.

' Ces vers rappellent les dispules des grammairiens de celte époque, «ur riu» troducliOD de certains mots dans la langue, et où l'on entendit Vaugelas s'écrie?: f II n'est permis à qui que ce soit de faire des mots uouveaui, pai mémeaui souseraint. De sorte, ajoutait ce bon Vaugelas, que Pompouius Marcellus eut raisot: rte reprendre Tibère d'en avoir fait un, et de dire qu'il pouvait bien donner h droit de bourgcois:e aux hommes, mais non pas aui .<pots, car leur autorité m s'étend pas Jusque-là. t (Aimé Martin.)

MARTINE

Mon Dieu! je n'avons pas étugué comme vous.

Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.

PHILAMINTE

Ah! peut-on y tenir?

BÉLISE

Quel solécisme horrible!

PHILAMINTE

En voilà pour tuer une oreille sensible.

BÉUSE.

Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel! Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel '. Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire.'

MARTINE

Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-péro?

PHILAMINTE

Ociel!

BÉUSE.

Grammaire est prise à contre-sens par toi , Et je t'ai déjà dit d'où vient ce mot.

MARTINE

Ma foi , Qu'il vienne de Chaillot, d'Auteuil ou de Pontoise, Cela ne me fait rien.

BÉLISE

Quelle ame villageoise' La grammaire, du verbe et du nominatif, Comme de l'adjectif avec le substantif.

Nous enseigne les lois.

MARTINE

J'ai, madame, à vous dire Que je ne cannois point ces gens-là.

PHILAMINTE

Quel martyre 1

' Lt Fidile, comédie de Larivey, offre uae sceoe entre une servaiile et ua pédaDt, où Molière a peut-être trouvé l'idée des deux solécismes de Marline Toici le passage. La servaote dit : < Le seigneur Fidèle sont-û en la maison?» Le pédant répond : < Femina proitrva, rude, indoncte, impériie, ignare, qoi t'a enseigné à parler de celte façon? Tu as fait une faute en grammaire, UM discordance au nombre, pareeqne fidèle est numert sinyularis, et SONT, n». oieri pluralis. — Toutes ces vôtres niaiseries ne m'importent rien. > Le pédant repond : « En ce sens on no dit pss ne m'importe rien, pareeqne duœ négation»! affirmant. > (Aimé Martin.)

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