‹ uvres complètes de MolièreChapitre 416 sur 553 · ACTE II, SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE Vil

BÉLISE

Ce sont les noms des mots; ef l'on doit regarder En quoi c'est qu'il les faut .aire ensemble accorder.

MARTINE

Qu'ils s'accordent entre eux, ou se gourment, qu'importe?

PHILAMIfiTE , à Bélise.

lié! mon Dieu! finissez un discours de la sorte.

(A Clirysale.)

Vous ne voulez pas, vous, me la faire sortir?

CimVSALE.

(A part.)

Si fait. A son caprice il me faut consentir. Va, ne l'irrite point; relire-toi, Martine.

PHILAMINTE

Comment! vous avez peur d'offenser la coquine! Vous lui parlez d'un ton tout à fait obligeant !

CHRYSALE

(D'un ton ferme.) {D'un ton plus doux.)

Moi' point. Allons, sortez. Va-t'en, ma pauvre enfant. SCÈNE VII. — PHILAMINTE, CHRYSALE ..BÉLISS.

CHRYSALE

Vous êtes satisfaite , et la voilà partie ; Mais je n'approuve point une telle sortie : C'est une fille propre aux choses qu'elle fait. Et vous me la chassez pour un maigre sujet.

PHILAMINTE

Vous voulez que toujours je l'aie à mon service,

Pour mettre incessamment mon oreille au supplice,

Pour rompre toute loi d'usage et de raison.

Par un barbare amas de vices d'oraison ,

De mots estropiés, cousus, par intervalles.

De proverbes traînés dans les ruisseaux des halles*?

' Les Lois de la Galanterie, espèce de code philologique à l'usage des pre> cieuses, imprimé en 1658, dans le Recueil de plusieurs pièces en prose les plut agreablet du temps, monlrenl que Molière n'a point exagéré les ridicules dt Pliilauiiuie. < Vous parlerez toujours dans les termes les plus polis dont la coul reçoive Tusage, fuyant ceux qut tant trop anciens. Vous vous garderex surloiit d'user de proverbes et de qunlihevS, car si vous vous en serviez, ce seroit parttr «n bourgeois, et le lanrjaije des halles. S'il y a des mots inventés depuis peu, tt dont les gens du monde precnonl plaisir de ae servir, ce sont ceux-là au'on doit iToir incessamment à la houche. etc. s

528 LES FEIwMES SAVANTES.

B.LISE

Il est vrai que l'on sue à souffiir ses discours; Elle y met Yaugelas en pièces tous les jours; Et les moindres défauts de ce grossier génie Sont ou le pléonasme, ou la cacophonie.

CHRYSALE

Qu'importe qu'elle manque aux lois de Yaugelas,

Pourvu qu'à la cuisine elle ne manque pas?

J'aime bien mieux , pour moi , qu'on épluchant ses herbes >

Elle accommode mal les noms avec les verbes ,

Et redise cent fois un bas ou méchant mot ,

Que de brûler ma viande ou saler trop mon pot.

Je vis de bonne soupe , et non de beau langage.

Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage;

Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,

En cuisine peut-être auroient été des sots.

PIIILA.MINTE.

Que ce discours grossier terriblement assomme! Et quelle indignité, pour ce qui s'appelle homnie, D'être baissé sans cesse aux soins matériels , Au lieu de se hausser vers les spirituels! Le corps, cette guenille , est-il d'une importance, D'un prix à mériter seulement qu'on y pense? Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin?

CHRYSALE

Oui , mon corps est moi-même , et j'en veux prendre soin : Guenille , si Ion veut ; ma guenille m'est chère.

BÉLISE

Le corps avec l'esprit fait figure, mon frère; Mais, si vous en croyez tout le monde savant, L'esprit doit sur le corps prendre le pas devant; Et notre plus grand soin , notre première instance, Doit être à le nourrir du suc de la science.

CHRYSALE

Ma foi , si vous songez à nourrir votre esprit , C'est de viande bien creuse , à ce que chacun dit; Et vous n'avez "-ivil soin , nulle sollicitude, Pour,..

PHILAMINTE

Ah! toïlicUude à mou oreille est rude;

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