‹ uvres complètes de MolièreChapitre 472 sur 553 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Et, avec tout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin ?

ARGATi.

Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente que tu es?

TOINITTE.

Mon Dieu! tout doux. Vous allez d'abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter? Là, parions de sang-froid. Quelle est votre raison, s'il vous plaît, pour un tel mariage?

ARCAN

Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'appuyer de bons secours contre ma maladie , d'avoir dans ma famille les sources, des remèdes qui me sont nécessaires, et d'être à même des consultations et des ordonnances.

TOINETTE

Hé bien! voilà dire une raison, et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, monsieur, meltea la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade^

ARGAN

Comment, coquine! si je suis malade! Si je suis malade, impudente !

TOINETTE

Hé bien! oui, monsieur, vous êtes malade; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vous êtes fort malade, j'en demeure d'accord, et plus malade que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui donner un médecin.

ARGAN

C'est pour moi que je lui donne ce médecin ; et une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la sanlé de son père.

Ma foi, monsieur, voulez-vous qu'en amie je vous donne un conseil?

ARGAN

Quel est-il, ce conseil ?

TOINETTE

De ne point songer à ce mariage-là.

ARGAIV.

Et la raison?

TOINETTE

La raison, c'est que votre fille n'y consentira point*.

ARGAN

Elle n'y consentira point?

TOINETTE

Non.

ARGAN

Ma mie/

TOINETTE

Votre tîlle. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de monsieur Diafoirus, ni de son fils Thomas Diafoirus, ni de tou» les Diafoirus du monde.

ARGAN

J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier; et, de plus, monsieur Purgon, qui n'a ni femme ni enfants, lui donne tout son bien en faveur de ce mariage ; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.

TOINETTE

II faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche.

ARGAN

Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.

TOINETTE

Monsieur, tout cela est bel et bon ; mais j'en reviens toujours là : je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari; et elle n'est point faite pour être madame Diafoirus.

ARGAN

Et je veux, moi, que cela soit

TOINETTE

Hé, fi ! ne dites pas cela.

ARGAN

Comment! que je ne dise pas cela ?

TOINETTE

Hé, non.

* Xoul ce jeu de ibé&tre est emprunté au Tartuffe, acte ÎI. scène IS. iBre>.>

ALlE 1, SC£N£ V. 60S

ARGAN- Et pourquoi ne le dirai-je pas?

Oo dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.

ARC AN

On dira ce qu'on voudra; mais je vous dis que je veu (^'elle exécute la parole que j'ai donnée.

TOINETTE

Non ; je suis sûre qu'elle ne le fera pas.

ARGAN

Je l'y forcerai bien.

TOINETTE

Elle ne le fera pas, vous dis-je.

ARGAN

Elle le fera, ou je la mettrai dans un couveot.

TOINETTE

Vous?

Moi.

Bon !

Comment, bon?

ARGAN

TOINETTE

ARGAH.

TOINETTE

Vous ne la mettrez point dans un couvent

Je ne la mettrai point dans un couvent?

TOINETTE

Non.

ARGAN

Non? ,

TOINETTE

Non.

ARGAN

Ouais! Voici qui est plaisant I Je ne mettrai paa ras QIlo dans un couvent, si je veux?

TOINETTE

Non, vous dis-je.

ARGAN

\jui m'en empêchera ?

TOILETTE

Vous-même.

ARGAN

Moi?

TOrNETTE

Oui. Vous n'aurez pas ce cœur-Iâ.

Je l'aurai.

TOINETTB.

Vous vous moquez.

ARGAN

Je ne me moque point.

TOINETTE

La tendresse paternelle vous prendra

ARGAN

Elle ne me prendra point

TOINETTE

Une petite larme ou deux, des bras jetés au cou, un Mcd petit papa mignon, prononcé tendrement, sera assez pou? vous toucher.

ARGAN

Tout cela ne fera rien.

TOINETTE

Oui, ouL

ARGAN

Je vous dis que je n'en démordrai point.

TOINErfE.

Bagatelles.

Il ne faut point dire, Bagatelles.

TOINETTE

Mon Dieu! je vous connois, vous êtes bon naturellement

ARGAN, avec emportement.

Je ne suis point bon, et je suis méchant quand je veux'.

TOINETTE

Doucement, monsieur. Vous ne songez pas que vous êtet malade.

' Ce dialogue est presque «>pié mot â mot de la scène n du premier acte dts tmtrberies de S(^in.

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