‹ uvres complètes de MolièreChapitre 54 sur 553 · ACTE IV, SCEJSE I. OT · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEJSE I. OT

aue tendresse extrême, et je ne saurois me résoudre à lui donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d'elle; employé* tous vos soins à gagner son esprit. Vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez; je vous en donne la licence; et, •'il ne tient qu'à me déclarer en votre faveur, je veux bien consentir à lui faire un aveu, moi-même, de tout ce que je sens pour vous.

ClÉANTE.

Frosine, ma pauvre Frosine, voudrois-tu nous servir?

FROSINE

Par ma foi, faut-il le demander? je le voudrois de tout mon cœur. Vous savez que, de mon naturel, je suis assez humaine. Le ciel ne m'a point fait l'ame de bronze , et je n'ai que trop de tendresse à rendre de petits services, quand )e vois des gens qui s'entr'aiment en tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci?

CLÉANTE

Songe un peu, je fe prie.

MARIANE

Ouvre-nous des lutniircs.

ÉLISE

Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.

FROSINE

Ceci est assez difficile, (a Mariane.) Pour votre mère , elle n'est pas tout à fait déraisonnable , et peut-être pourroit-on la gagner et la résoudre à transporter au tîls le don qu'elle veut faire au père, (a ciéante.) Mais le mal que j'y trouve, c'est que votre père est votre père.

CLÉANTE

Cela s'entend.

Je veux dire qu'il conservera du dépit si l'on montre qu'on ie refuse , et qu'il ne sera point d'humeur ensuite à donner son consentement à votre mariage. Il faudroit, pour bien faire, que le refus vînt de lui-même, et tâcher, par quoique moyen, de le dégoûter de votre personne.

CLÉANTE

Tu as raison.

FROSINE

Oui , j'ai raisi^n , je le sais bien. C'est là ce qu'il faudroit

mais le diautre ' est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si nous avions quelque femme uu peu sur l'âge qui fûl de mon talent, et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen d'un train fait à la hâte et d'un bizarre nom Je marquise ou de vicomtesse , que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j'aurois assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce scroit une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argeat comptant; qu'elle seroit éperdument amoureuse de lui, et souhaiteroit de se voir sa femme, jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage; et je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition. Car, enfin, il vous aime fort, je le sais, mais il aime un pou plus l'argent; et quand, ébloui de ce leurre , il auruit une fois consenti à ce qui vous touche, il imporleroit peu ensuite qu'il se désabusât, en venant à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.

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