CHAPITRE Vin
Coomient les lois doivent se rapporter au principe du gouvememeot dans raristocralie.
Si dans Paristocratie le peuple est vertueux, on y jouira à peu près du bonheur du gouvernement po-
' Mé^mèUquê de lacédémone,
* Oo peut voir àanê Fldstolre romaioe avec quel avantage pour la fépidiHqoe 00 se senrH de cette palssanœ. Je ne parlerai que do tempf de la ptua grande oorraplion. Auliia Fulvlos •'était mia en chemin pour aller trouver Catllina ; son père le rappela , et le fit mourir. (Sallcste, de Belle Catil.) Plusieurs elloyeiis firent de même. (Dio!f . Ut. XJCXVn.)
pulaire, et l'État deviendra puissant. Bfals, comme il est rare que là où les fortunes des hommes sont si inégales il y ait beaucoup de vertu, il faut que les lois tendent à donner, autant qu'elles peuvent, un esprit de modération, et cherchent à rétablir cette égalité que la constitution de l'État ôte nécessaire» ment.
L'esprit de modération estce qu'on appelle la vertu I dans raristocratie : il y tient la place4e l'esprit d'éga-l lité dans l'État populaire.
Si le faste et la splendeur qui environnent les rois font une partie de leur puissance, la modestie et la simplicité des manières font la force des no* blés aristocratiques ^ Quand ils n'affectent aucunedistinction, quand ils se confondent avec le peuple, quand ils sont vêtus comme lui, quand ils lui font partager tous leurs plaisirs, il oublie sa ùiblesse.
Chaque gouvernement a sa nature et son principe. 11 ne faut donc pas que l'aristocratie [urenne la nature et le principe de la monarchie, ce qui arriverait, si les nobles avaient quelques prérogatives personnelles et particulières, distinctes de celles de leur corps. Les privil^es doivent être pour le sénat, et le simple respect pour les sénateurs.
Il y a deux sources principales de désordres dans les États aristocratiques : l'inégalité extrême entre ceux qui gouvernant et ceux qui sont gouvernés ; et la même inégalité entre les différents membres du corps qui gouverne. De ces deux inégalités résultent des haines et des jalousies que les lois doivent prévenir ou arrêter.
La première inégalité se trouve principalement lorsque les privilèges des principaux ne sont honorables que parce qu'ils sont honteux au peuple. Telle fut à Rome la loi qui défendait aux patriciens de s'unir par mariage aux plébéiens * : ce qui n'avait d'autre effet que de rendre, d'un côté, les patriciens plus superbes, et, de l'autre, plus odieux. Il faut voir les avantages qu'en tirèrent les tribuns dans leurs harangues.
Cette inégalité se trouvera encore, si la condition des citoyens est différente par rapport aux subsides ; ce qui arrive de quatre manières : lorsque les nobles se donnent le privilégede n'en point payer; lorsqu'ils
' De nos Jours, les Vénitiens, qui, à bien des égards, se sont conduits trts-sagenent , décidèrent , sur une dispute entre un noble vénitien et un genUlhomme de terre ferme poiur une préséance dans une é^lse, <iQe, hors de Venise, un nolile vénitien n*avait point de prééminence sur un autre citoyen.
a Elle lot mise par les décemvirs dans les deux dernières tables. Voyez Denys d'Halicamasse, Uv. X.
DE L'ESPRIT DES LOIS
font des fraudes pour s'en exempter ' , lorsqu'ils les appellent àeux, sous prétexte de rétributions ou d'appointements pour les emplois qu'ils exercent: enfin quand ils rendent le peuple tributaire, et se partagent les impôts qu'ils lèvent sur eux. Ce dernier cas est rare ; une aristocratie , en cas pareil , est le plus dur de tous les gouvernements.
Pendant que Rome inclina vers Faristocratie , elle évita très-bien ces inconvénients. Les magistrats ne tiraient jamais d'appointements de leur magistrature. Les principaux de la république furent taxés conune les autres; ils le furent même plus, et quelquefois ils le furent seuls. Enfin , bien loin de se partager les revenus de i'Ëtat, tout ce qu'ils purent tirer du trésor public, tout ce que la fortune leur envoya de richesses, ils le distribuèrent au peuple pour se faire pardonner leurs honneurs *.
t C'est une maxime fondamentale, qu*autant que I les distributions faites au peuple ont de pernicieux ' effets dans la démocratie, autant en ont-elles de bons dans le gouvernement aristocratique. Les premières font perdre l'esprit de citoyen, les autres y ramènent.
Si l'on ne distribue point les revenus au peuple, il faut lui faire voir qu'ils sont bien administrés : I les lui montrer, c'est en quelque manière l'en faire jouir. Cette diaîne d'or que l'on tendait à Venise, les richesses que Ton portait à Rome dans les triomphes, les trésors que l'on gardait dans le temple de Saturne, étaient véritablement les richesses du peuple.
/ Il est surtout essentiel, dans l'aristocratie, que ^ les nobles ne lèvent pas les tributs. Le premier ordre de l'État ne s'en mêlait point à Rome : on en chargea le second; et cela même eut dans la suite de grands inconvénients. Dans une aristocratie où les nobles lèveraient les tributs, tous les particuliers seraient à la discrétion des gens d'affaires : il n'y aurait point de tribunal supérieur qui les corrigeât. Ceux d'entre eux préposés pour ôter les abus aimeraient mieux jouir des abus. Les nobles seraient comme les princes des États despotiques, qui confisquent les biens de qui il leur plaît.
Bientôt les profits qu'on y ferait seraient rega^ dés conmie un patrimoine que l'avarice étendrait à sa fantaisie. On ferait tomber les fermes; on réduirait à rien les revenus publics. C'est par là que quelques États, sans avoir reçu d'échec qu'on puisse
* ComiM dans quelques arislooraUn de nosioars. Rien D*affaiblilUntl^ËUt
' Voyez , dans Strabon , Uv. XIY , oomment les Rhodiens se conduisirent k cet égard.
remarquer, tombent dans une failtlesse dont les voisins sont surpris, et qui étonne les citoyens mêmes.
Il £iut que les lois leur défendent aussi le commerce : des marchands si accrédités feraient toutes sortes de monopoles. Le commerce est la profession des gens égaux; et, parmi les États despotiques, les plus misérables sont ceux où le prince est marchand.
Les lois de Venise ' défendent aux nobles le commerce, qui pourrait leur donnar, même innocemment, des richesses exorbitantes.
Les lois doivent employer les moyens les plus efficaces pour que les nobles rendent justice au peuple. Si elles n'ont point établi un tribun , il &ut qu'elles soient un Uibun elles-mêmes.
Toute sorte d'asile contre l'exécution des lois perd l'aristocratie; et la tyrannie en est tout près.
Elles doivent mortifier , dans tous les temps , l'orgueil de la domination. Il faut qu'il y ait, pour un temps ou pour toujours, un magistrat qui fasse trembler les nobles, comme les éphores à Lacédémone , et les inquisiteurs d'État à Venise ; magistratures qui ne sont soumises à aucunes formalités. Ce gouvernement a besoin de ressorts bien violents. Une bouche de pierre * s'ouvre à tout délateur à Venise : vous diriez que c'est celle de la tyrannie.
Ces magistratures tyranniqnes, dans l'aristocnratie, ont du rapport à la censure de la démocratie^ , qui , par sa nature , n'est pas moins indépendante. En effet, les censeurs ne doivent point être recherchés sur les choses qu'ils ont faites pendant leur censure : il faut leur donner de la confiance , jamais du découragement. Les Romains étaient admirables : on pouvait faire rendre à tous les magistrats 4 raison de leur conduite, excepté aux censeurs^.
Deux choses sont pernicieuses dans l'aristocratie : la pauvreté extrême des nobles, et leurs ridiesses exorbitantes. Pour prévenûr leur pauvreté il faut
' ÂMELor DC LA HoussATE, du GouvememêHt de FenUt, parUe m. La loi Claudia défendait aux sénateurs d*aToir eo mer aucun vaisseau qui tint plus de quarante muids. (Ttn- LiVE,liv.XXI.)
> Les délateurs y jettent leurs bUleis.
3 Leur oensure est secrète, oeUe des Romains était publique. (H.)
4 Voyez Tfte-Ure, Ut. XLIX. Un censeur ne pouvait pas même être troublé par un censeur : diacun faisait sa note * , sans prendre ravisde son coUègae; etquand on fil autrement, la censure fût, pour ainsi dire, renversée.
^ A Athènes, les logi8tes,qui ^lisaient rendre compte à tous les magistrats , ne rendaient point compte eux-mêmes.
* ChscoD faisait ta note e<nnnie il rentaadait; maia, poor qa'ellc eèt ■on efTct, il AiOalt qa'oUc fi^t OMienUc par l'antre eenKW. (Cftiv* )