CHAPITRE n
< De la sinpfioité des lois crimlDellee dans les divers
gouvernements.
On entend dire sans cesse qu'il faudrait que la Justice fdt rendue partout conune en Turquie. Il B^ anradone que les plus ignorants de tous les
' Aa MazoUpatao, on D*a pu découvrir qûH y eût de loi taite. Yoyet le Becueil des voyages qui ont servi à Vitablis^ ssmemt de la compagnie des Indes, tom.IY, parUepremièn, fÊ%, asi. Lm InÛent ne se règtent, dans lesittgemeots, que •ar de eerUdDos eoutomes. Le Yedam et autres Uvres pareUs ■s ooQUameBt point de lois dvUes, mais des préceptes teU- Sieiu yojtzLtUrtsid\fUmtes,ffi»Miottà^ÊUtfWiidL
* 0 IkUait ajouter : et déformes plus compliquées que les Ims. (H).
peuples qui auront vu clair dans la chose dtl monde qu'il importe le plus aux hommes de savoir?
Si vous eotaminez les formalités de la justice par rapport à la peine qu'a un citoyen à se faire rendre son hien, ou à obtenir satisfaction de quelque outrage, vous en trouverez sans doute trop. Si vous les regardez dans le rapport qu'elles ont avec la liberté et la sûreté des citoyens , vous en trouverez souvent trop peu; et vous verrez que les peines, les dépenses, les longueurs, les dangers même de la justice , sont le prix que chaque citoyen donne pour sa liberté.
En Turquie, où Ton fait très-peu d'attention à la fortune, à la vie , à l'honneur des sujets , on termine promptemeot , d'une façon ou d'une autre , toutes les disputes. La manière de les finir est indifférente, pourvu qu'on finisse. Le pacha, d'abord éclairci, fait distribuer, à sa fantaisie, des coups de bâton sur la plante des pieds des plaideurs , et les renvoie chez eux'.
Et il serait bien dangereux que l'on y edt les passions des plaideurs ^ : elles supposent un désir ardent de se faire rendre justice, une haine, une action dans l'esprit, une constance à poursuivre. Tout cela doit être évité dans un gouvernenient où il ne faut avoir d'autre sentiment que la crainte, et où tout mène tout à coup, et sans qu'on le puisse prévoir, à des révolutions. Chacun doit connaître qu'il ne faut point que le magistrat entende parlef
I II est faux que dans Constantinopte on pacha se mêle de rendre la jusUce. Cest comme si on disait qu'on brigadier, on maréchal de camp taïi TofAoe de lieatenant cItU; lieutenant criminel. Les cadis sont les premiers Juges; Us sont mibordonnés aux cadUeskers , et les cadileskers au vizir-azem , qui joge lui-même avec les vizirs du banc. L'empereur est souvent présent a l'audience, caché derrière une Jalousie; et \4 vizir-azem , dans les causes importantes , lui demande sa décision par un simple bUlet, sur lequel l'empereur décide en deux mots. Le procès s'instruit sans le mohidfe bruit, avec la plus grande prompUiude. Point d'avocats , encore moins de procureurs et de papier timbré. Chacun plaide sa cause sans oser élever sa voix. Nul procès ne peut dorer phis dediz-sepl Jours.
Quand les lots sont très-simples , il n'y a gaète de procès où rone des deux parties ne soit évidemment un fripon , parce que les dlseossloas tookot sur des fstts, et non sur le droit YoUà pourquoi on fait, dans l'Orient, on si grand usage des témoins dans les affaires civiles, et qu'on distribue quelquef6it des coups de bàUm aux plaideurs et aox témoins qui en ont imposé à la Justtce. (Volt.)
* Le véritable danger do despoUsme est à oôlé de sa foroef même; les deox excès se toochent dans un même point : ce point est la miUce. Que les Janissaires , qoe la mUioe sott contente, et malgré les ponioiis des pUdetus, tout sera cooservé ; qo'eUe soit mécootente, et, sans les p«iloBs des plaideurs, tout sera détroit. Mais , dans les goarememeots modérés , les ptMioM des plaSdeon fomentent les haines portioolières , divisent les fomiUss, tiooMent la psix civils, affiUdissent le paftrlottsme, notsent aux moeurs et aox rioheises de l*État.
(SCRVAIf.}
DE L'ESPRIT DES LOIS
de lui , et qu*il ne tient sa sûreté que de son anéantissement.
Mais, dans les États modérés, où la tête du moindre citoyen est considérable, on ne lui 6te son honneur et ses biens qu'après un long exa* men ; on ne le prive de la vie que lorsque la patrie elle-même Tattaque ; et elle ne Tattaque qu'en lui laissant tous les moyens possibles de la défendre.
Aussi , lorsqu'un homme se rend plus absolu * , songe-t-il d'abord à simplifier les lois. On commence dans cet État à être plus frappé des inconvénients particuliers que de la liberté des siyets , dont on ne se soucie point du tout.
On voit que, dans les républiques, il faut pour le moins autant de formalités que dans les monarchies. Dans l'un et dans l'autre gouvernement , elles augmentent en raison du cas que l'on y fait de rhonneur, de la fortune , de la vie, de la liberté des citoyens.
Les hommes sont tous égaux dans le gouvernement républicain ; ils sont égaux dans le gouvernement despotique : dans le premier, c'est parce qu'ils sont tout ; dans le second, c'est parce qu'ils ne sont rien.