CHAPITRE n
Des lois sonqkCoaires dans la démocntie.
Je viens de dire que dans les républiques, où les richesses sont également partagées , il ne peut point y avoir de luxe; et, comme on a vu au livre cinquième < que cette égalité de distribution faisait l'excellence d'une république, il suit que, moins il y a de luxe dans une république, plus elle est parfadte. Il n*y en avait point chez les premiers Romains , il n'y en avait point chez les Lacédémoniens; et dans les républiques où l'égalité n'est pas tout à fait perdue , l'esprit de commerce , de travail et de vertu fût que chacun y peut et que chacun y veut vivre de son propre bien, et que par conséquent il y a peu de luxe.
Les lois du nouveau partage des champs , demandé { avec tant d'instance dans quelques républiques, ' étaient salutaires par leur nature. Elles ne sont dangereuses que comme action subite. En étant tout à coup les richesses aux uns , et augmentant de même celles des autres , elles font dans chaque famille une révolution , et en doiventproduire une générale dans rÉtat.
A mesure que le luxe s'établit dans une république, Tesprit se tourne vers l'intérêt particulier. A des gens à qui il ne faut rien que le nécessaire, il ne reste à désirer que la gloire de la patrie et la sienne propre. Mais une âme corrompue par le luxe a bien d'autres désirs : bientôt elle devient ennemie des lois qui la gênent. Le luxe que la garnison de Rhège commença à connaître fit qu'elle en égorgea les habitants*.
Sitôt que les Romains furent corrompus, leurs désirs devinrent immenses. On en peut juger par le prix qu'ils mirent aux choses. Une cruche de vin de Faleme ^ se vendait cent deniers romams ; un baril de chair salée du Pont en coûtait quatre cents , un bon cuisinier, quatre talents; les jeunes garçons
* Chap. m et IT«
* Les habitants de la ville de Regglo, située à la pointe de ntatle la plus voisine de la Sicile , voyant dHm ûôté Pyrrhus , qui se rendait par mer à Tarente ; de l'autre , les CarthagiBois qui infestaient toutes les côtes de la mer Ionienne , et craignant d*étre envahis par les Grecs ou les Carthaginois , eurent recours à la répubUqoe romaine : odle-d , quoique meaaf^ par un grand nombre d^ennemls, ne crut pas devoir refusai du secours à une ville qui pouvait lui être utile. On leva donc, par Tordre du sénat, une légion dans la Campanie, pays barbare , et Ton en donna le commandement à Dédus lubdUus^ qui, voyant Topulenoe de Regglo, résohit d*en égorger les habitants et de pUler leurs richesses : ce qu*il exécuU à la fl» dHm repas auquel il les avait invités. (D.)
3 Fragment du Itv. XXXVI de Diodoie, npporté pM Const Porph. Extrait des verttu et de$ vie«sw