‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 298 sur 975 · GC · texte numérisé non relu

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DE L'EsMlT

le criminel, concurremment avec la loi, se choisisse des juges ; ou , du moins , qu'il en puisse récuser un si grand nombre que ceux qui restent soient censés être de son choix.

Les deux autres pouvoirs pourraient plutAt être donnés à des magistrats ou à des corps permanents, parce qu'ils ne s'exercent sur aucun particulier, n'étant, l'un, que la volonté générale de j l'État , et l'autre , que l'exécution de cette volonté générale.

Mais, si les tribunaux ne doivent pas être fixes , j les jugements doivent l'être à un tel point qu'ils \ ne soient jamais qu'un texte précis de la loi. S'ils étaient une opinion particulière du juge, on vivrait dans la société sans savoir précisément les engagements que l'on y contracte.

f II faut même que les juges soient de la condi- I tion de l'accusé, ou ses pairs, pour qu'il ne puisse I pas se mettre dans l'esprit qu'il soit tombé entre les mains de gens porta à lui faire violence.

Si la puissance législative laisse à l'exécutrice le droit d'emprisonner des citoyens qui peuvent donner caution de leur conduite, il n'y a plus de liberté , à moins qu'ils ne soient arrêtés pour répondre sans délai à une accusation que la loi a rendue capitale; auquel cas ils sont réellement libres, puisqu'ils ne sont soumis qu'à la puissance de la loi.

Mais si la puissance législative se croyait en danger par quelque conjuration secrète contre l'État , jou quelque intelligence avec les ennemis du de- [hors, elle pourrait, pour un temps court et limité, ; permettre à la puissance exécutrice de faire arré- ;ter les citoyens suspects, qui ne perdraient leur «liberté pour un temps que pour la conserver pour •toujours.

Et c'est le seul moyen conforme à la raison de suppléer à la t}Tannique magistrature des éphores, et aux inquisiteurs d'État de Venise, qui sont aussi despotiques.

Comme dans un État libre tout homme qui est censé avoir une âme libre doit être gouverné par lui-même , il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative ; mais comme cela est impossible dans les grands États , et est sujet à beaucoup d'inconvénients dans les petits, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.

> L'or, connaît beaucoup mieux les besoins de sa ' ville que ceux des autres villes, et on juge mieux ' de la capacité de ses voisins que de celle de ses autres compatriotes. 11 ne faut donc pas que les . membres du corps législatif soient tirés en géué-

DES LOIS

rai du corps de la nation , mais il convient que | dans chaque lieu principal , les habitants se choi- ; sissent un représentant *.

Le grand avantage des représentants , c'est qu'ils sont capables de discuter les affaires. Le peuple ;' n'y est point du tout propre : ce qui forme un des grands inconvénients de la démocratie.

Il n'est pas nécessaire que les représentants , qui ont reçu de ceux qui les ont choisis une instruction générale, en reçoivent une particulière sur chaque affaire , comme cela se pratique dans les diètes d'Allemagne. Il est vrai que de cette manière la parole des députés serait plus l'expression de la voix de la nation ; mais cela jetterait dans des longueurs infinies , rendrait chaque député le maître de tous les autres ; et , dans les occasions les plus pressantes , toute la force de la nation pourrait être arrêtée par un caprice.

Quand les députés, dit très-bien M. Sidney , représentent un corps de peuple comme en Hollande, ils doivent rendre compte à ceux qui les ont commis : c'est autre chose lorsqu'ils sont députés par des bourgs , comme en Angleterre.

Tous les citoyens , dans les divers districts, doivent avoir droit de donner leur voix pour choisir le représentant, excepté ceux qui sont dans un tel état de bassesse qu'ils sont réputés n'avoir' point de volonté propre.

Il y avait un grand vice dans la plupart des an-' ciennes républiques : c'est que le peuple avait droit d'y prendre des résolutions actives, et qui' demandent quelque exécution ; chose dont il est entièrement incapable. U ne doit entrer dans le . gouvernement que pour choisir ses représentants ; ■ ce qui est très à sa portée. Car, s'il y a peu de gens qui connaissent le degré précis de la capacité des hommes, chacun est pourtant capable de savoir en général si celui qu'il choisit est plus éclairé que la plupart des autres.

Le corps représentant ne doit pas être choisi non plus pour prendre quelque résolution active , chose qu'il ne ferait pas bien , mais pour faire des lois, ou pour voir si l'on a bien exécuté celles qu'il a faites, chose qu'il peut très-bien £iire, et qu'il n'y a même que lui qui puisse bien faire.

Il y a toujours dans un État des gens distingués'l

' Dest Décessalred'avoirdes connaissances poar foire un boa choix. Yonlez-Yons élire on pUote on un gé6mèU«, il faat que les éiecteors soient des pilotes oa des géomètres. Des Ignorants peuvent se mêler de donner leur avis dans les sciences et lesdft» verses opéraUons de la vie; mais Jugent-ils aussi sainementqua les gens de I*art ? Ainsi la moUitude ne devraU ni voter dans les élecUoDs, ni Juger la cespon8al>iliié des Biagistrals. ( Aristote. Politique, liv. m, cli. vu.) (P.)

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