CHAPITRE XVI
De la poissaDoe législative dans la r^ublique romaine.
On n^avait point de droits à se disputer sous les déeemvirs; mais, quand la liberté revint, on vit les jalousies renaître : tant qu*il resta quelques privilèges aux patriciens, les plébéiens les leur ôtèrent.
Il y aurait eu peu de mal si les plébéiens s'étaient contentés de priver les patriciens de leurs prérogatives, et s'ils ne les avaient pas offensés dans leur qualité même de citoyen. Lorsque le peuple était assemblé par curies ou par centuries, il était composé de sénateurs, de patriciens et de plébéiens. Dans les disputes , les plébéiens gagnèrent ce point ' que seuls, sans les patriciens et sans le sénat, ils pourraient fairedeslois qu'on appela plébiscites; et les comices où on les fit s'appelèroit comices par tribus. Ainsi il y eut des cas où les patriciens* n'eurent point de part à la puissance législative , et ^ où ils furent soumis à la puis-
' Demri ifBAucAâNAsaBtUv. XI, pag. 795.
* Par les lois sacrées, les plébéiens jmrent faire des plébiscites, seuls, et sans que les patriciens fussent admis dans leur assemblée. (Dents oiUucAïuussE, Uv. Y I, pag. 4 lo ; et Uv. Y II, pag. 430.)
3 Par la loi faite après Texpulsion des décemvirs , les patriforeat aooiiiis aux pléliisQUes, quoiqu'ils n'eussent pu y
sance l^islative d*un autre corps de TÉtat : ce fut un délire de la liberté. Le peuple, pour établir la démocratie, choqua les principes mêmes de la démocratie. Il semblait qu'une puissance aussi exorbi* tante aurait dû anéantir Tautorité du sénat; mais Rome avait des institutions admirables. Elle enj avait deux surtout : par Tune, la puissance légis-^j lative du peuple était réglée; par Tautre, elle était \ bornée. 1
Les censeurs, et avant eux les consuls <, for- j maient et créaient, pour ainsi dire, tous les cinq < ans, le corps du peuple; ils exerçaient la législa- i tion sur le corps même qui avait la puissance lé* | gislative. « Tiberius Gracchus, censeur, dit Cicéron, i « transféra les afi&anchis dans les tribus de la ville, « non par la force de son éloquence, mais par une « parole et par un geste; et, s'il ne l'eût pas fait, « cette r^»ublique, qu'aujourd'hui nous soutenons « à peine, nous ne l'aurions plus. »
D'un côté, le sénat avait le pouvoir d'êter, pour ainsi dire, la république des mains du peuple, par la création d'un dictateur * , devant lequel le souverain baissait la tête, et les lois les plus populal* res restaient dans le silence^.