CHAPITRE XVn
De la poissance exécutrice dans la même république.
Si le peuple fut jaloux de sa puissance législa- \ tive, il le fût moins de sa puissance exécutrice. Il 1 la laissa presque tout entière au sénat et aux con- 1 suis, et il ne se réserva guère que le droit d*élire • les magistrats , et de confirmer les actes du sénat et des généraux.
Rome , dont la passion était de commander, dont l'ambition était de tout soumettre, qui avait toujours usurpé, qui usurpait encore , avait continuellement de grandes affaires; ses ennemis conjuraient contre elle, ou elle conjurait contre ses ennemis.
Obligée de se conduire d'un côté avec un cou-
donner leur voix. (Tttb-Livb, Uv. m; et Dents d^Haucar- NASSE , Ut. XI , pag. 725.) Et cette loi fut confirmée par celle de Publias Philo, dictateur, Tan de Rome 416. (Tite-Live , Uv.
vm.)
1 L*an 313 de Eome, les consuls faisaient encore le cens, comme il parait par Denys d^Halicamasse, Uv. XI.
> L'excellence du gouvernement d*un seul est si bien démontrée, dans les républiques mêmes, que sitôt que Rome se voyait menacée de quelque danger, elle créait un dictateur, magistrat qui exerçait un pouvoir tout à fait monarchique, et plus étendu que celui des rois qui avaient fondé cet empire. (D.)
? Comme celles qui permettaient d'appeler au peuple des ordonnances de tous les magistrats.
is.
DE L'ESPRIT DES LOIS
rage héroïque, et de Tautre avec une sagesse consommée, Fétat des dioses demandait que le sénat eilt la direction des affaires. Le peuple disputait au sénat toutes les branches de la puissance légis* lative, parce qu'il était jaloux de sa liberté; il ne lui disputait point les brandies de la puissance exécutrice, parce qu'il était jaloux de sa gloire.
La part que le sénat prenait à la puissance exécutrice était si grande, que Polybe ' dit que les étrangers pensaient tous que Rome était une aristocratie. Le sénat disposait des deniers publics et donnait les revenus à ferme; il était l'arbitre des affaires des alliés; il décidait de la guerre et de la paix, et dirigeait à cet égard les consuls; il fixait le nombre des troupes romaines et des troupes alliées, distribuait les provinces et les armées aux consuls ou aux .préteurs; et, l'an du commandement expiré, il pouvait leur donner un successeur; il décernait les triomphes; il recevait des ambassades, et en envoyait; il nommait les rois, les récompensait, les punissait, les jugeait, leur donnait ou leur faisait perdre le titre d'alliés du peuple romain.
Les consuls faisaient la levée des troupes qu'ils devaient mener à la guerre; ils commandaient les armées de terre ou de mer, disposaient des alliés ; ils avaient dans les provinces toute la puissance de la république; ils donnaient la paix aux peuples vaincus, leur en imposaient les conditions, ou les renvoyaient au sénat.
Dans les premiers temps , lorsque le peuple prenait quelque part aux affaires de la guerre et de la paix , il exerçait plutôt sa puissance législative que sa puissance exécutrice : il ne faisait guère que confirmer ce que les rois, et après eux les consuls ou le sénat, avaient fait. Rien loin que le peuple fût l'arbitre de la guerre, nous voyons que les consuls ou le sénat la faisaient souvent malgré l'opposition de ses tribuns. Mais, dans l'ivresse des prospérités, il augmenta sa puissance exécutrice *. Ainsi il créa lui-même ^ les tribuns des légions, que
» Uv. VI. — Voyez, dans Polybe, Il v. VI, obap. ix , x , xi et xn, comment les trois pouvoirs étalent distribués dans la république romaine, et quels étalent les droits respectifs du sénat, des consuls et du peuple. (P.)
* Cette phrase ne se trouve pas dans PédlUon de I75S : 11 y a là évidemment une InoorrecUon typographique. Nous n*imiferons point la prudente circonspection d*un éditeur moderne qui, en rétabllÂsant des moto indispensables pour la clarté et la liaison des idées, a cru devoir les mettre en caractères italiques. (P.)
3 L*an de Rome 444. (Tite-Lite, première décade, Hv. IX.) la guerre contre Persée paraissant périlleuse, un sénalus-consulte ordonna que cette loi serait suspendue; et le peuple y censenUt. 'TrrB-UvE, cinquième décade, Hv. XUI.)
les généraux avaient nommés jtisqu'alors; et, quelque temps avant la première guerre punique, il régla qu'il aurait seul le droit de dédarer la guerre '.