‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 55 sur 975 · LETTRE XCIII · texte numérisé non relu

LETTRE XCIII

USBEK A RHÉM.

A Venise.

Le monarque qui a si longtemps régné n'est plus ' . Il a bien fait parler des gens pendant sa vie; tout le monde s*est tu à sa mort. Ferme et courageux dans ce dernier moment , il a paru ne céder qu*au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, après avoir rempli toute la tertre de son nom.

lie crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des réflexions morales. Chacun a pensé à ses ai&ires, et à prendre ses avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle * a été déclaré régent du royaume.

Le feu roi avait fait un testament qui bornait Pautorité du régent. Ce prince habile a été au parlement ; et, y exposant tous les droits de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui, voulant se survivre à lui-même , semblait avoir prétendu régner encore après sa mort.

Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours 4'idée de quelque temple femenx par l'ancienne religion des peuples. Us ne se mêlent guère plus que de rendre la justice; et leur autorité est toujours languissante, à moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne bu rendre la force et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines : ils

* B mtmnA le i*' septembre I7I6.

* PhiUppe d*Orléaiii, petit>fil8 dî; Loais xni. D moarut h idéoembie ITIS, âgé de cinquante ans. (P.)

ont cédé an temps, qui détruit tout ; à la corruption des mœurs, quia tout affaibli ; à Tautorité suprême, qui a tout abattu.

Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru d'abord respecter cette image de la liberté publique; et, comme s'il avait pensé à relever de terre le temple et Tidole, il a voulu qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de toute autorité légitime.

A Paris, le 4 de lakioedeRbégeb, I7I6

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