‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 636 sur 975 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cas où l'on peut juger par les principes du droit civil , en modifiant les principes du droit naturel.

Une loi d'Athènes obligeait les enfants de nourrir leurs pères tombés dans l'indigence ^ ; elle exceptait ceux qui étaient nés d'une courtisane, ceux dont le père avait exposé la pudicité par un trafic

' Loi des Bourguignons, Ut. 41.

* Elle pourrait cependaDt se Justifier par cette considéra- Uon , que rhomme se doit à sa patrie avant de se devoir h sa fomiUe^

3 Dans le code des Wisigoths , liv. in , Ut 4 , § 13.

4 mppolyte. Voyez la Phèdre de Radoe, acte lY, scène ii».

(P.) ^ Sous peine dUnfamie; une autre, sous peine de prison.

DE L ESPRIT DES LOIS

infâme * , ceux à qui il n'avait point donné de métier pour gagner leur vie ^

La loi considérait que , dans le premier cas , le père se trouvant Incertain, il avait rendu précaire son obligation naturelle; que, dans le second, il avait flétri la vie qu'il avait donnée, et que le plus grand mal qu*il pût faire à ses enfants , il Tavait fait, en les privant de leur caractère ; que, dans le troisième , il leur avait rendu insupportable une vie qu'ils trouvaient tant de difficulté à soutenir. La loi n'envisageait plus le père et le fils que comme deux citoyens , ne statuait plus que sur des vues politiques et civiles; elle considérait que, dans une bonne république , il faut surtout des mœurs. Je crois bien que la loi de Solon était bonne dans les deux premiers cas , soit celui où la nature laisse ignorer au fils quel est son père, soit celui où elle semble même lui ordonner de le méconnaître; mais on ne saurait l'approuver dans le troisième , où te père n'avait violé qu'un règlement civil.

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