‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 821 sur 975 · DES CONSEILS DE RELIGION · texte numérisé non relu

DES CONSEILS DE RELIGION

L'auteur, dans le livre sur la religion , a combattu l'erreur de Bayle ; voici ses paroles * :

« M. Bayle, après avoir insulté toutes les religions, flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeraient pas un État qui pût subsister. Pourquoi non? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs , et qui auraient un très-grand zèle pour les remplir ; Us sentiraient très-bien les droits de la défense natu* relie : plus ils croiraient devoir à la rdigion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces vertus humaines des républiques, et cette crainte servile des États despotiques.

« Il est étonnant que ce grand homme n'ait pas su distinguer les ordres pour l'établissement du christianisme, d'avec le christianisme knême; et qu'on puisse lut imputer d'avohr méconnu l'écrit de sa propre religion. Lorsque le législateur, au lieu de donner des lois, a donné des^oonseils, c'est qu'il a vu que ses conseils , s'ils étaient ordonnés comme des lois , seraient contraires à l'esprit de ses lois. « Qu'a-t-on fait pour ôter à l'auteur la gloire d'avoir oon^ttu ainsi l'erreur de Bayle? on prend le chapitre suivant * , qui n'a rien à faire avec Bayle : « Les lois humaines, y est - il dit, foites pour parler à l'écrit, doivent donner des préceptes et point de conseils; la religion, fidte pour parier au cœur, doit donner beaucoup de conseils, et peu de préceptes. » Et de là on conclut que l'auteur regarde tous les préceptes de l'Évangile comme des conseils. Il pourrait dire aussi que celui qui fait cette critique, regarde lui-même tous les i»nseils de l'Évangile conune des préceptes; mais ce n'est pas sa manière de raisonner, et encore moins Ba manière

• Uv. XXIV, diap. Yi.

* Cett le chiip. vn du Ut. XXIV.

DEFENSE

d'agir. Allons au fait : il fout un peu allonger ce que Taulaur a raeeourci. M. Bayle avait soutenu qu*aiie société de chrétiens ne pourrait pas subsista, el il alléguait pour cela Tordre de TÉvangile, de présenter Tautre joue, quand on reçoit un soufOet ; de quitter le monde; de se retirer dans les déserts, etc. L'auteur a dit que Bayle prenait pour des préceptes ce qui n*était que des conseils ; pour des règles générales, ce qui n'était que des règles particulières : en cela, Fauteur a défendu la religion. Qu'arrivet-U? On pose , pour premier article de sa croyance ,que tous les livres de TÉvangile ne contiennent que des conseils.

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