‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 869 sur 975 · A L'ABBÉ NICCOLINI · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ NICCOLINI

AFkNnence.

J*ai reçu, cher et illustre abbés a^^ une véritable joie la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m*écrire. Vous êtes un de ces homines que Ton n'oublie point, et qui frappez une cervelle de votre souvenir. Mon cœur, mon esprit, sont tout à vous, mon cher abbé.

Vous m'apprenez deux choses bien agréables : Tune, que nous verrons monseigneur Cerati en France ; l'autre , que madame la marquise Ferroni se souvient encore de moi. Je vous prie de cimenter auprès de l'un et de l'autre cette amitié que je voudrais tant mériter. Une des choses dont je prétends me vanter, c'est que moi, habitant d'au delà des Alpes , aie été aussi enchanté d'elle * que vous tous.

Je suis À Bordeaux depuis un mois, et j'y dois rester trois ou quatre mois encore. Je serais inconsolable si cela me faisait perdre le plaisir de voir le cher Cerati. Si cela était , je prétendrais bien qu'il vtnt me voir à Bordeaux. Il verrait son ami : mais il verrait mieux la France , où il n'y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose , parce que Paris n'a pas pu encore les dévorer. Il ferait les deux côtés du carré au lieu de faire la diagonale , et verrait les belles provinces qui sont voisines de l'Océan , et celles qui le sont de la Méditerranée.

Que dites-vous des Anglais ? voyez comme ils couvrent toutes les mers. C'est une grande baleine : Et lakan sub pectore possidet œquor, La reine d'Espagne a appris à l'Europe un grand secret : c'est que les Indes, qu'on croyait attachées à l'Espagne par cent millechatnes , ne tiennent qu'à un fil. Adieu , inon cher et illustre abbé ; accordez-moi les sentiments que j'ai pour vous. Je suis avec toute sorte

de respect.

De Bordeaux, le Oman I740.

■ L'abbé NloooUnl, on des plus Ulufttres amis que radtear ait eut en ItaUe, se Ua avec lai à Florence. Après avoir de- ■sewé longtemps à Rome sous le ponUficat du pape Corsinl , dont U était parant, il s*est retiré dans sa patrie, uniquement «weopé des lettres, de la pbiioeophie, et des Tues du bien fiidilie. Il a voyagé dans les pays étrangers, et y a été lié avee les pins grands bommes. Lorsque, sous le ministère lorrala, dont U était médiocre admirateur, U eut ordre de ne point rentrer en Toscane , Montesquieu s*écria , en apprenant eette nouvelle : « Oh ! 0 iàut que mon ami Nicodlni ait <Slt quelque grande vérité. »

* Cétait la dame dé Florence qui brillait le plus par son «■prit et sa beauté ; la meiUeure compagnie s*assemblait chez die. Mooteiquiea lui fut fort attaché pendant son s^ur à

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