A Mg' CERATI
APise.
Tai reçu votre lettre bien tard, monseigneur, car elle est datée du 10 janvier, et je ne Tai reçue que le 5 de mai à Bordeaux, où je suis depuis un mois , et où je resterai trois ou quatre autres. Promettezmoi et jurez-moi que , si je ne suis pas à Paris quand vous y passerez , vous viendrez me voir à Bordeaux , et vous prendrez cette route en retournant en Italie. Je Tai mandé à Niccolini; il ne s*agit que de faire les deux côtés du parallélogramme, au lieu de la diagonale, et vous verrez la France; au lieu que , si vous traversez par le milieu du royaume, vous ne verrez que Paris , et vous ne verrez pas votre ami. Mais je dis tout cela en cas que je ne sois pas à Paris. Quand vous y serez , je vous en ferai les honneurs , soit que j*y sois ou que je n*y sois pas, et je vous introduirai sur le mont Parnasse. Si vous passez en Angleterre, mandez-le-moi , afin que je vous donne des lettres pour mes amis. Enfin*, j*espère que vous voudrez bien m*écrire pendant votre voyage , et me donner des nouvelles de votre marche. Mon adresse est à Bordeaux, ou à Paris, rue Saint-Dominique. Vous allez faire le voyage le plus agréable quel'on puisse faire. A Tégard des finances, si je suis à Paris , je serai votre Mentoi^. Vous y trouverez à pied une infinité de gens de mérite, et la plupart des carrosses pleins de faquins. M. le cardinal de Polignac a fort bien fait de n'aller pas au conclave, et de laisser cette affaire à d*autres. Il se porte très-bien , et c'est la plus grande de ses affaires. Vous le verrez aussi aimable, quoiqu'il ne soit pas à la mode. Adieu , monseigneur ; j'ai et j'aurai pour vous toute ma vie les sentiments du monde les plus tendres : autant que tout le monde vous estime , autant moi je vous aime; et, en quelque lieu du monde que vous soyez , vous serez toujours présent à mon esprit. Tai l'honneur d'être avec toute sorte de respect et de tendresse, etc.