‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 872 sur 975 · A L'ABBÉ DE GUASCO · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ DE GUASCO

A Turin.

Je suis fort aise , mon cher ami , que la lettre que je vous ai donnée pour notre ambassadeur vous ait procuré quelques agréments à Turin , et un peu dédommagé des duretés < du marquis d*Orméa. J'étais bien sûr que monsieur et madame de Senectère se feraient un plaisir de vous connaître, et, dès qu'ils vous connaîtraient, qu'ils vous recevraient à bras ouverts. Je vous charge de leur témoigner combien je suis sensible aux égards qu'ils ont eus à ma recommandation. Je vous félicite du plaisir que vous avez eu de faire le voyage avec M. le comte d'Egmont : il est effectivement demes amis , et un des seigneurs pour lesquels j'ai le plus d'estime. J'accepte l'appointement de souper chez lui avec vous àson retour de Naples ; mais je crains bien que , si la guerre con* tinue , je ne sois forcé d'aller planter des chovx à k Brède. Notre commerce de Guienne sera bientôt aux abois; nos vins nous resteront sur les bras ; et vous savez que c'est toute notre richesse. Je prévois que le traité provisionnel de la cour de Turin avec celle de Vienne nous enlèvera le commandeur de Solar ; et , en ce cas , je regretterai moins Paris. Dites mille choses pour moi à M. le marquis de Breil. L'humanité lui devra beaucoup pour la bonne éducation qu'il a donnée à M. le duc de Savoie, dont j'entends dire de très-belles choses. J'avoue que je me sens un peu de vanité de voir que je me formai une juste idéedecegrand homme lorsque j'eus l'honneur de le connaître à Vienne. Je voudrais bien que vous fussiez de retour à Paris avant que j'en parte ; et je me réserve de vous dire alors le secret du Temple de Gnide *. Tâchez d'arranger vos intérêts

gUse abbatiale de cette ville, qui, malgré cela, a continué d'être presque eoUérement baUtée par des protestants , sans qu*OD puisse dter d'exemple de la oonvenioa d*UD seul bugnenot

* Cet ami de Montesquieu avait passé quelques années à Faris. Obligé de retourner à Ttirin pour ses affaires domestiques, et ayant besoin de rinterventkm du ministre, U ne put jamais obtenir audience de M. le marquis d'Orméa, par suite dMne ancienne inimitié de ce ministre contre son père. Après un an de séjour à Turin , il revint à Paris , et se livra uniquement à la cnituiv des lettres et à la société dies savants, dans la vue d*obtenir une place à fAcadémfe royale des Inscriptions, où il (àt reçu depuis en qualité de membre honoraire étranger.

* Il lui a?alt fan prêtent de cet oitvn«e lorsquni prM '

domestiquée le mieux que vous pourrez ; et abandonnez à un avenir plus favorable la réparation des torts du ministère contre votre maison. Cest dans vos principes, vos occupations, et votre conduite, que vous devez chercher, quant à présent, des armes , des consolations , et des ressources. Le marqius d'Orméa n'est pas un homme à reculer ; et , dans les circonstances où l'on se trouve à votre cour, on fera peu d'attention à vos représentations. L'ambassadeur vous salue. Il commence à ouvrir les yeoi sur son amie : j'y ai un peu contribué , et je m'en félicite , parce qu'elle lui faisait faire mauvaise figure. Adieu.

De Paris. .... 1741.

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