A Mf CERATI
J'ai reçu, monsieur mon illustre ami, étant à Paris, la lettre que je dois à votre amitié. Vous ne me parlez pas de votre santé, et je voudrais en avoir pour garant quelque chose de mieux que des preuves négatives. Vous avez mis dans votre lettre on article que j'ai relu bien des fois, qui est que TOUS desbreriez vemr passer deux ans à Paris, et
^amntait à aUer prendre àm olieaax bon de la vflle. Cottune oo le voyait aorUr toat les maUns de bonne heare, et rôder Mitoar de la ville avec an petit garçon, tenant foavent du pA|rier et on crayon en main, lea capltools loupçonnèrent <Iii*U pourrait bien i*oocaper à en lever le plan *, dans on tempe où Ton était en gaerre avec TAngleterre. On Tarréta eo eoiMéqneooe; et comme en fooUlant dans ses poches on lui troovaun dessin qui était celai de la machine avec laquelle il apprenait à prendre les oiseaux , et plusieurs cartes avec un catalogue de mots qui étaient les noms des oiseaux, qu'on ii*coiendait pas parce quHIs étalent écrits en anglais, on ne douta pas que tout cela n*eût rapport à Tentreprlse supposée , H on le mit aux arrêts Jusqu'à ce qu'il eût fsit connaître son ionocenoe, et Jusqu'à ce que quelqu'un eût répondu de lui. s Premier président de la cour des aides de MontpelUer, conseiller d'état, et de Pacadémie des sdences, qui trouva le tecnî de Caire filer des toUes d'araignée, d'en foire des bas, rf d'en extraire des gouttes égales à celles d'Angleterre oontra rapolexle. n découvrit aussi le moyen de rendre utUes les marrons dinde, pour en nourrir les pourceaux et en faire de la poudre. D avait un cabinet d'antiquités fort curieux.
* Intendant du Languedoc.
• La vUk é9 TovIoom a'ett point forUié«.
que vous pourriez de là aller jusqu'à Bordeaux; voilà des idées bien agréables : et moi je forme le projet d'aller quelque jouràPise, pour corriger chez vous mon ouvrage; car qui pourrait le mieux faire que vous? et où pourrais-je trouver des jugements plus sains? La guerre m'a tellement incommodé , que j*ai été obligé de passer trois ans et demi dans mes terres; de là je suis venu à Paris; et, si la guerre continue, j'irai me remettre dans ma coquille jusqu'à la paix. U me semble que tous les princes de l'Europe demandent cette paix : ils sont donc pacifiques? non, car il n'y a de princes pacifiques que ceux qui font des sacrifices pour avoir la paix , comme il n'y a d'homme généreux que ce^ lui qui cède de ses intérêts, ni d'homme charitable que celui qui sait donner. Discuter ses intérêts avec une trèff-grande rigidité est l'éponge de toutes les vertus. Vous ne me partez pas de vos yeux ; les miens sont précisément dans la situation où vous les avez laissés : enfin j'ai découvert qu'ime cataracte s'est formée sur le bon œil; et mon Fabius Maximus , M. Gendron , me dit qu'elle est de bonne qualité , et qu'on ouvrira le volet de la tenétre. J'ai remis cette opération au printemps prochain , pour raison de quoi je passerai ici tout l'hiver. Du reste, notre excellent homme M. Gendron se porte bien. Avez-vous reçu des nouvelles de M. Cerati? disonsnous toujours. )1 est aussi gai que vous l'avez vu , et £ût d'aussi bons raisonnements. A propos, je trouvai, en arrivant, Paris délivré de la présence du fou le plus incommode , et du fléau le plus terrible que j'aie vu de ma vie. Son voyage d'Angleterre m'avait permis quatre ou cinq mois de respirer à Paris, et je ne le vis que la veille de mon départ, pour ne le revoir jamais. Vous entendez bien que c'est du marquis de Loc-Maria dont je veux parler, qui ennuie et excède à présent ceux qui sont en enfer, en purgatoire ou en paradis.
L'ouvrage va paraître en cinq volumes. Il y en aura quelque jour un sixième de supplément; dès qu'A en sera question , vous en aurez des nouvelles. Je suis accablé de lassitude : je compte de me reposer le reste de mes jours. Adieu, monsieur ; je vous prie de me conserver toujours votre souvenir : je vous garde l'amitié la plus tendre. J'ai l'honneur d'être, monseigneur, avec tout le respect possible.
De Paris, ce si mars 1747..