AU MÊME
M. d'Estoutevilles ■ , mon cher abbé, me persécute pour que je vous engage de lui accorder une heure fixe tous les soirs pour achever la lecture et la correction de sa traduction de Dante. Il promet s'en rapporter à vous pour tous les diangements* que vous jugerez à propos qu'il fasse ; et il ne vous demande grâce que pour sa préface K Vous savez qu'il a son style particulier, auquel il ne renonce pas , même quand il parle aux ministres 4. Marquezmoi ce que je dois lui rendre ; il viendra chez
* Le comte Gon>ertd*EitoatevUles, petttfib da grand Colbert, bomme d'esprit , mais toonié à la singularité , conçut le projet de traduire le />a»lff en français. Ilaraitdepuis longtemps exécuté ce projet par une traduction en prose, sur laquelle il se réservait de consulter quelque Italien. Cette traducUon a été Imprimée en 17M. Cest la première traduction complète de ce poème du Dante i Moutonnet et Hivarol n'araient tradtdt que la première partie.
' Cetraducteuravaitinsérébeancoupdepenséesetdechoses tirées des commentaires de ce poêle dans le texte qull traduisit; et il n'était pas toc^oan <locU^ ^<^ns 1» corrections à fiOre : ce qui avait fait abandonner cette lecture.
* Elle est fort singulière et fort courte : Il dit que, dans son enfonce, sa mie lui a souvent parlé de paradis, d'enfer et de purgatoire , sans lui en donner aucune idée ; qu'avancé en âge, ses précepteurs lui ont souvent répété les mêmes choses , sans l'éclairer davantage; que, dans l'âge mûr, il a consulté di/Iérents théologiens, et qu'ils l'ont laissé dans la même obscurité ; mais qu'ayant fait un voyage en Italie , U a trouvé que le premier poète de cette nation était le seul qui l'eût satisfait sur la nature de ces trois demeures dans l'autre monde : ce qui l'avait déterminé de le traduire en français , pour être uUIe à ses concitoyens.
* Il demandait un Jour quelque chose à M. de Chauvelin, alors garde des sceaux , touchant le procès qu'U avait pour le duché d'EstoutevUles , qu'on lui contestait ; ce ministre s'était seni de ces termes en lui parlant : « Monsieur, Je dois vous dire « que ni le roi , ni monsieur le cardinal , ni moi , n'y oonsentl- « ronsJamais.nAquoiM.d'Estoutevillesrépliquasur-le^hamp: « Ma foi,monsieur, voUàdeux beaux pendants que vous donnes m au roi , monsieur le cardinal et vous ! Je suis fils et petit-flls
vous tous les soirs , jusqu'à ce que la leenire soit terminée. Bonsoir.
De Paris. . . . r7%9.