‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 918 sur 975 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Vous vous moquez de moi ; ce n'est pas le premier président que je crains , c'est le président; ce n'est pas celui qui croit dire tout ce que vous vouiez, c'est celui qui dit tout ce qu'il veut. J'aime bien ce que vous dites , que vous n'avez suivi vos compagnes que pour tuer le temps, et que vous n'avez jamais tant trouvé qu'il mérite de l'être. Hé bien! soit, tuons^e; mais je le connais, il reviendra nous flaire enrager. Je suis enchanté que vous ayez fait mon apologie; vous me couvrirez de votre ^de, et ce qui sera singulier, les Grâces y seront peintes. Je vous demande en grâce de me l'envoyer par le premier courrier, avec une lettre de vous, s'il se peut.

Le chevalier d'Aydies m'a mandé qu'il avait gagné son procès. Le père bénédictin dont je savais si bien le nom, et que j'ai oublié, n'avait donc évité des coups de pied dans le ventre que pour tomber dans l'infamie de perdre un procès avec lequel il tuait le temps et le chevalier. Je vous prie, madame , de vouloir bien parler de moi : c'est au chevalier. Je TOUS prie de parler aussi de moi à madame du Ghâtel.Jelui sais hongre de vousavoir inspiré demecomnauniquer le secret. Mais pourquoi dis-je que je lui sais bon gré de cela ? je lui sais bon gré de tout. L'abbé de Guasco me barbouille toute cette histoire : il me dit que c'est M. de Révol , conseiller au parlement, qui a donné le manuscrit, qui est, dit-il, très^savant. C'est depuis qu'il a une dignité dans le chapi^ tve de Toumay qu'il ne sait ce qu1l dit. Je vous prie,

madame, de vouloir bien remercier M. Dalembert de la mention qu'il a faite de moi dans sa préface. Je lui dois encore un remerclment pour avoir fait cette préface si belle : je la lirai à mon arrivée à Bor^^ deaux. Agréez, je vous prie, etc.

DeClérac,i6jaUletl75i. 61. — A LA MÊME.

Vous dites, madame, que rien n'est heureux , depuis l'ange jusqu'à l'huître : il faut distinguer. Les séraphins ne sont point heureux , ils sont trop sublimes : ils sont comme Voltaire et Maupertuis , et je suis persuadé qu'ils se font là-haut de mauvaises affaires; mais vous ne pouvez douter que les chérubins ne soient très-heureux. L'huftre n'est pas si malheureuse que nous , on l'avale sans qu'elle s'en doute; mais pour nous , on vient nous dire que nous allons être avalés, et on nous fait toucher au doigt et à l'œil que nous serons digérés éternellement. Je pourrais parler à vous , qui êtes gourmande , de ces créatures qui ont trois estomacs : ce serait bien le diable si dans ces trois il n'y en avait pas de bons. Je reviens à l'huître : elle est malheureuse quand quelque longue maladie fait qu'elle devient perle; c'est précisément le bonheur de l'ambition. On n'est pas mieux quand on est huître verte; ce n'est pas seulement un mauvais fond de teint, c'est un corps mal constitué.

Vous dites que je n'ai point écrit à madame la duchesse de Mirepoix; j'en ai découvert deux raisons : c'est qu'elle est malade, et qu'elle est dans les embarras de la cour. A l'égard de Dalembert, j'ai plus d'envie que lui , et autant d'envie que vous , de le voir de l'Académie ; car je suis le chevalier de l'ordre du mérite. Il est vrai qu'à la dernière élection il y eut quelque espèce de composition faite , qui barbouille un peu l'élection prochaine ; mais je vous parlerai de tout cela à mon retour, qui sera vers le 15 ou la fin de novembre. Je suis pourtant bien ici, mais leshonmaes ne quittent-ils pas sans cesse les lieux où ils savent qu'ils sont bien , pour ceux où ils espèrent d'être mieux? J'irai vous marquer ma reconnaissance- des <ïhoses charmantes que vous nous dites toujours , et qui nous plaisent toujours plus qu'à vous. Je vous félicite d'être chez madame de Betz. Nous sommes dans des maisons de même goût; car je me trouve au milieu des bois que j'ai semés, et de ceux que j'ai envoyés aux airs. Je vous prie de vouloir bien faire mes compliments aux maîtres de la maison, et d'agréer, madame, le respect et l'amitié la plus tendre.

De la Brède , le 12 septembre I7&1.

Page 1