‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 921 sur 975 · AU CHEVALIER D'AYDIES · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER D'AYDIES

Mon cher chevalier, si vous venez cet été à bi Brède, vous prendrez le seul moyen que vous avez d^augmenter la passion que j'ai pour vous ; et quant à ce que vous me dites, de passer par Mayac lorsque jlrai à Paris, je le ferai, et je garde votre lettre pour savoir le chemin ; mais vous n'avez pas dit aux dames vos nièces à quel point celui que vous leur proposez est délabré, et peu propre à remplir les grandes vues que vous avez. Je me souviens d\me pièce de vers où il y avait :

J'ai soixante ans, c'est trop pea poor vos charmes.

Sylva disait fort bien : 11 n'y a rien de si difBcîIe que de ûûre l'amour avec de fesprit ; moi je dis qu'il est encore plus difficile dé ûdre l'amour avec le cœur et avec l'esprit : mais ceci est trop relevé pour un pauvre chasseur devant Dieu; ainsi je ne vous parlerai que de notre misère, qui est extrême, et telle qu'il me semble qu'il vaut mieux s'ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais , ma foi y à quoi tout cela aboutira ; mais je sais que tous les lendemains sont pires, et que cela vise à la dépopulation. Ifous serons dépopulés, mon cher che- ▼aller, et peut-être passerons-nous devant les au-

Vous diassez , et je plante des arbres , et je défriehe des hmdes; il faut s'anraser comme on peut. La Yîlle de Bordeaux est fort triste , et je ne tâte guère de ce séjour.

On dit que le charmant mylord est malade à Touloose. Agréez, je vous prie, mes sentiments les phM tendres.

Bordeaux , œ 2 janyier 1758.

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