‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 922 sur 975 · A L'ABBÉ DE GUASCO · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ DE GUASCO

Mon cher ami , vous volez dans les vastes régions de l'air; je ne fais que marcher, et nous ne nous, rencontrons pas. Dès que j'ai été libre de quitter Paris , je n'ai pas manqué de venir ici , où j'avais des affaires considérables. Je pars dans ce moment pour Clérac, et j'ai avancé mon voyage d'un mois pour trouver M. le duc d'Aiguillon, et finir aveclui', parce que ses gens d'affaires barbouillent plus qu'ils n'ont jamais fait. J'ai envoyé le tonneau de vin à mylord Éliban, que vous m'avez demandé pour Im*. Mylord me le payera ce qu'il voudra; et s'il veut ajouter à l'amitié ce qu'il voudra retrancher du prix , il me fera un présent immense : vous pouvez lui mander qull pourra le garder tant de temps qu'il voudra, même quinze ans s'il veut; mais il ne faut pas qu'il le mêle avec d'autres vins, et il peut être sûr quil Fa immédiatement comme je l'ai reçu de Dieu; il n'est pas passé par les mains des marchands.

Mon cher abbé, à votre retour d'Italie, pourquoi ne passeriez-vous pas par Bordeaux, et ne voudriez-vous pas voir vos amis et le château de la Brède, que j'ai si fort embelli depuis que vous ne l'avez vu? c'est le plus beau lieu champêtre que je connaisse :

Suntmihi ccaicolas; sunt eœtera numina Fauni,

Enfin je jouis de mes prés, pour lesquels vous m'avez tant tourmenté : vos prophéties sont vérifiées; le succès est beaucoup au delà de mon attente; et l'Éveillé dit : Boudri ben que M. Vabbat de GuascohUaco,

J'ai vu la comtesse : elle a fait un mariage déplorable, et je la plains beaucoup. La grande envie d'avoir de l'argent fait qu'on n'en a point. Le chevalier Citran a aussi fait un grand mariage dans le même goût* aux îles, qui lui a porté en dot sept barriques de sucre une fois payées. Il est vrai qu'il a fait un voyage aux îles, et qu'il a pensé apparemment crever. Adieu ; je vous embrasse de tout mon cœur.

De la Brède, le I6 mars 1763.

* n B*agit Ici d*iiii proeès qui durait depnla longtemps, eT quil aTalt à coear de terminer, ne Toalant pas se brouiller avec madame la duchesse d'Alguilkm, son andesne amie.

* On Toyalt souvent à Bordeaux des gentUsboramescberclier à épouser des Américaines, dans Tespéranee d>n aroir beaucoup de biens. Montesquieu désapprouTalt ces sortes de mariages feits pour de rarcent, quil disait abâtardir les sentiments de la noblesse , et sur lesquâs on était sourent trompé , parce que les fortunes prétendues des Iles se réalisaient rarement..

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