‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 935 sur 975 · AU CHEVALIER D'AYDIES · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER D'AYDIES

Mon cher chevalier, madame du Deffiond m'a fait part d'une lettre de vous qui m'a comblé de joie, parce qu'elle me fait voir que vous m^aimet beaucoup, et que vous m'estimez on peu. Or, l'amitié et l'estime de mon cher chevalier, c'est mon trésor. Je voudrais bien que vous fussiez id, et vous nous manquez tous les jours ; à présent q«e je vieillis à vue d'oeil , je me retire , pour ainsi dire, dans mes amis.

Bulkelay est au comble de ses vorax : son fils, pour lequel il est aussi sot que tous les pères , vîeirt d'avour le régiment; j'en suis en vérité bieo tfise : voilà sa fortune faite. M. Pelham , qui était à pea près le premier ministre d'Angleterre , est mort. C'est un ministre honnête homme , de Favea de tout le monde ; il était désintéressé et pacifique ; il voulait payer les dettes de la nation ; mais il n'avait qu'une vie, et il en fa«it plusieurs pour ces entreprises-là.

Je suis allé voir hier une tragédie noayelle, intitulée^ Troyennes ^ : la pièce est assez mal Cûte; le sujet en est beau , comme vous savea : c'est àpea près celui qu'avait traité Sénèque. Il y a d'excellents morceaux , un quatrième acte très-beau, et le mcncement d'un cinquième aussi. Ulysse dit d' ami de Priam , qui avait sauvé Astyanax :

Les rois seraieiit des dieux sur le trtoe afomis.

S'ils ne donnaient leurs oceon qu'à de pareâs amit^.

> Imprimeor de sei oavrasM à Paris.

3 châteanbniD, qui ea était rautoor, Pavait gudée, A-cAr

trente ans en portefeuille. * ActclV.ic.x.

M. d'Argenson se porte mieux , mais on craint qu'il ne lui reste une plus grande faiblesse aux jambes. Je ne vous dirai point quand finira Taffaire du parlement, ou plutôt Tafïiaire des parlements; tout cela s*embrouille, et ne se dénoue pas. Mon cher chevalier, pourquoi n*étes-vous point ici? pourquoi ne voulez-vous pas faire les délices de vos amis? pourquoi vous cachez-vous lorsque tout le monde vous demande ? Revenez , nos mercredis languissent. Madame de Mirepoix , madame du Ghâtel , madame du Deffond.... Entendez-vous ces noms, et tant d'autres? J'arrive avec madame d'Aiguillon , de Pontcbartrain, où j'ai passé huit jours très-agréables. Le maître de la maison a une gaieté, une fécondité qui n'a point de pareille. Il voit tout, il lit tout, il rit de tout, il est content de tout, il s'oceupe de tout : c'est l'homme du monde que j'envie davantage; c'est un caractère unique. Adieu, mon cher chevalier; je vous écrbai quelquefois, et je serai votre Julien , qui est plus en état de vous envoyer de bons almanachs que de l)onnes nouvelles. Permettez-moi de vous embrasser mille fois.

Le IS man 17M.

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