A L'ABBÉ DE GUASGO
ANaples.
le sois à Paris depuis quelque temps, mon dier comte. Je commence par vous dire que notre libraire Huart sort dédiez moi, et il m'a dit de trèsbodnes raisons qu'U a eues pour vous fjEdre enrager; mais vous recevrez an (Hremiar jour votre eompte et votre mémoire.
Vous avez une boîte pleine de fleurs d'érudition , que vous répandez à pleines mains dans tous les pays que vous parcourez. 11 est heureux pour vous d'avoir paru avec honneur devant le pape; c'est le pape des savants : or, les savants ne peuvent rien faire de mieux que d'avoir pour leur chef celui qui feflt de l'Église, Les offres qu'il vous a faites seraient tentantes pour tout autre que pour vous, qui ne vous laissez pas tenter, méme|Nur les apparences de hi fortune, et qui avez les sentiments d'un homme qui l'aurait déjà faite. Les belles choses que vous me dites de M. le comte deFirmian * ne sont point entîtoment nouvelles pour moi. 11 est de votre devoir de me procurer rhonneur de sa oooiiaissance, et c'est à vous à y travailler, sans
' Alors nriiiikre Imiiéiial à Ntplfls, et dcpalt ministn plé- BlpoCeottalie dM étaU de UMDbaidie à Milan , admiratear dei oorra^et de Mooteiquiea, et ami des gens de lettres de tous lespaj».
quoi vous avez très-mal fait de me dire de si belles choses. Je ne me souviens point d'avoir connu h Rome le P. Contucci >. Le seul jésuite que je voyais était le P. Vitry, qui venait souvent dîner chez le cardinal de Polignac : c'était un homme fort important > , qui faisait des médailles antiques et des articles de foi.
J'ai droit de m'attendre, mon cher ami, que vous m'écriviez bientôt une lettre datée d'HercuIée , où je vous vois parcourant déjà tous les souterrains. On nous en dit beaucoup de choses ; cènes que vous m'en direz, je les regarderai comme les relations d'un auteur grave. Ne craignez point de me rebuter par les détails.
Je suis de votre avis sur les querelles de Malte ' , que Ton traite de Turc à More : c'est cependant Tordre peut-être le plus respectable qu'U y ait dans Tunivers, et celui qui contribue le plus à entretenir rhonneur et la bravoure dans toutes les nations où il est répandu. Vous êtes bien hardi de m^adresser votre révérend capucin : ne craignez-vous pas que je ne lui fasse lire la lettre persane sur les capucins?
Je serai au mois d*aoât à la Brède : O rus, quando te asplciam 4? Je ne suis plus fait pour ce pays-ci, ou bien il faut renoncer à être citoyen. Vous devriez bien revenir par la France méridionale : vous trouverez votre ancien laboratoire, et vous me donnerez des nouvelles idées sur mes bois et mes prairies. La grande étendue de mes landes ^ vous of&e de quoi exercer votre zèle pour l'agriculture ; d'ailleurs j'espère que vous n'oubliez point que vous êtes propriétaire de cent arpents de ces landes, où vous pourrez remuer la terre, planter et semer tant que vous voudrez. Adieu; je vous embrasse de toute mon cœur.
De Paris, le 9 arril 1774.
' BibUotfaéeaireda collège romain, et garde da cabinet des antiquités que le P. Kircher laissa à ce eoUége.
* Ce jésuite avait à Rome beaucoup de part dans les af&dres de la oonsUtnUon UniyerUtui , et brocantait des médailles. On connaissait son projlet d*un noorean samt Juguitm, pour Topposer k Vjiugtt$tm de Jansénius.
s II s*était alors élevé une dispute entre la cour de Naples et Tordre de Halte au si:4^<l^ droits de la monarchie de Sicile qu*on prétendait s*étendre sur cette Oe.
* HoRÀT. Serm. n, sat vi, ▼. SO.
» Montesquieu gagna un procès contre la ville de Bordeaux» qui lui rendit orne cents arpents de landes incultes, oùU semtt à faire des plantations de bols et des métairies, l^agricultuni faisant sa principale occupaUon dans les moments de relâche, n avait fait présoit de cent arpents de ses terres incultes à son ami, pour qu'U pût exécuter ttbrenent set prcjela d*agrlcnl* ture; mais son départ et ses engagements aUleursont fait res* ter ce terrain en friches