‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 946 sur 975 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Que voulez-vous que Je vous dise, mon cher ami ? je ne veux pas vous porter à la vengeance ; mais vous êtes dans le cas de la défense naturelle. Je suis véritablement indigné contre le trait malhonnête de cette femme ; mais rien ne m'étonne. Si vous savier les tours que j*ai essuyés moi-même plusd*une fois, vous seriez moins surpris et peutêtre moins piqué. Votre réputation est faite; les honnêtes gens ne vous la contesteront jamais. Tout le monde n*a pas fait ses preuves comme vous; vous ne devez votre place à Facadémie qu'à des triomphes réitérés. Une femme capricieuse ne saurait vous ravir tout ce que les gens de mérite de Paris , tout ce que les autres nations vous accordent. Ne vous faites point des chimères ; vos observations sur la prétendue différence du traitement sont peutêtre Tefifetde votre découragement. Que vous soyez encore ou que vous ne soyez plus des nôtres, les honnêtes gens, les gens de lettres, sont de toutes les nations, et tous les honnêtes gens de toutes les nations sont leurs compatriotes. Vous étiez bien reçu et aimé de nous lorsque notis étions en guerre contre votre pays; pourquoi fiiusserions-nous la paix à votre égard? AHez votre train : vous nous connaissez , et savez qu'il y a souvent plus d'étoiu^ derie ou de précipitation de jugement que de méchanceté dans notre fait; vous connaissez aussi ceux sur qui vous pouvez compter. Ne vous souciez pas d'une femme acariâtre, des cailletteset des âmes basses. Je vous défends bien positivement à présent d'aller chanter matines à Toumay avant que j'ar« rive à Paris : il ne faut point avoir le cœur plein

tant réveUlé , 0 roulut arolr ravis d'une autre société , qui lui persuada de vider le sac âe tous ses manuscrits, d cd avis remporta; mab le public ne lût pas si indulgent pour ses comédies.

d'amertume pour louer Dieu. Quand je serai à Pans, f espère que nous éclaircirons toute cette affaire , et que nous connaîtrons la source de cette tracasserie. Vous êtes un pyrrhonien, si vous doutez de mon voyage : nous nous verrons plus tôt que vous ne croyez. Mon fils s quiest àClérac, a bien mal aux yeux; nous serons peut-être trois aveugles, vous , lui et moi. Nous renouvellerons te danse des aveugles • pour nous consoler.

Adieu; je vous embrasse de tout mon coeur.

De Bordeaux , le 25 décembre 1754.

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