LE TEMPLE
une Ile plus profane encore ; c'était celle de Lemnos. Vénus n*y a point de temple; jamais les Lemniens ne lui adressèrent de vœux. INous rejetons, disent-ils, un culte qui amollit les cœurs. La déesse les en a souvent punis ; mais sans expier leur crime , ils en portent la peine : toujours plus impies à mesure qu'ils sont plus affligés.
Je me remis en mer, cherchant toujours quelque t^rre chérie des dieux ; les vents me portèrent à Délos. Je restai quelques mois dans cette Me sacrée : mais , soit que les dieux nous préviennent quelquefois sur ce qui nous arrive , soit que notre âme retienne de la divinité, dont elle est émanée, quelque fauble connaissance de l'avenir, je sentis que mon destin , que mon bonheur même m'appelaient dans un autre pays.
Une nuit que j'étais dans oet état tranquille où rftme plus à elle-même semble être délivrée de la diaîne qui la tient assujettie, il m'apparut, je ne sus pas d'abord si c'était une mortelle ou une déesse. Un charme secret était répandu sur toute sa personne : elle n'était point belle comme Vénus, mais elle était ravissante comme elle; tous ses traits n'étaient point réguliers, mais ils enchantaient tous ensemble ; vous n'y trouviez point ce qu'on admire, mais ce qui pique; ses cheveux tombaient négligemment sur ses épaules , mais cette négligence était heureuse; sa taille était charmante; elle avait cet air que la nature donne seule, et dont elle cache le secret aux peintres mêmes. Elle vit mon étonnement , elle en sourit. Dieux ! quel souris ! Je suis, me dit-elle d'unevoix qui pénétrait le cœur, la seconde des Grâces; Vénus, qui m'envoie, veut te rendre heureux; mais il feut que tu ailles l'adorer dans son temple de Gnide. Elle fuit, mes bras la suivirent, mon songe s'envola avec elle; et il ne me resta qu'un doux regret de ne la plus voir, mêlé du plaisir de l'avoir vue.
Je quittai donc llle de Délos : j'arrivai à Gnide. Je puis dire que d'abord je resphrai l'amour. Je sentis.... je ne puis pas bien exprimer ce que je sentis. Je n'aimais pas enc4)re , mais je cherchais à aimer : mon cœur s'échauffait comme dans la présence de quelque beauté divine. Tavançai , et je vis de loin de jeunes filles qui jouaient dans la prairie; je fus d'abord entraîné vers elles. Insensé que je suis ! disais-je ; j'ai , sans aimer, tous les égarements de l'amour; mon cœur vole déjà vers des objets inconnus , et ces objets lui donnent de l'inquiétude. J'approchai , je vis la charmante Thémire : sans doute que nous étions faits l'un pour l'autre. Je ne regardai qu'elle , et je crois que je serais mort