SCENE m
MCOMÈDE, ARSmOÉ, LAODICE, ATTALE^ CLÉONE.
Instruisez mieux le prince votre fils , l^fadame , et dites-lui , de grâce , qui je suis : Faute de me connaître , il s'emporte, il s'égare ; Kt ce désordre est mal dans une âme si rare : J'en ai pitié.
AKSINOÉ.
Seigneur, vous êtes donc ici ^ ?
Oui, madame, j'y suis, et Métrobate aussi .^
AEsmoÉ.
^létrobate! ah! le traître!
MCOMÈDE.
Il n'a rien dit, madame, Qui vous doive jeter aucun trouble dans l'âme.
ABSINOÉ.
Mais qui cause, seigneur, ce retour surprenant? Et votre armée ?
Elle est sous un bon lieutenant ; Et quant à mon retour, peu de chose le presse.
J'avais ici laissé mon maître et ma maîtresse 4 : Vous m'avez ôté l'un , vous , dis-je, ou les Romains ; Et je viens sauver l'autre et d'eux et de vos mains.
ARSINOÉ
C'est ce qui vous amène .^
Oui, madame; et j'espère Que vous m'y servirez auprès du roi mon père.
ABSINOÉ.
Je vous y servirai comme vous l'espérez.
De votre bon vouloir nous sommes assurés.
ARSINOÉ
11 ne tiendra qu'au roi qu'aux effets je ne passe ^.
' Presque toute la fin de la scène seconde et le commencement de celle-ci sont une ironie perpétuelle. (V.)
* C'est une naïveté qui échappe a tout 1(! niondi; quand on voit quelqu'un qu'on n'attend pas. Celle familiarité v.t cette petite né^^ligence doivent être bannies de la tragédie . (V.)
^ Si Nicomède eût établi dans la première scène quece Métrobate était un des assassins Ki'gés par Arsinoé , ce vers ferait un grand effet; mais il en fait moins, parce qu'on ne connaît pas encore ce Métrobate. (V.)
4 Maitrusse; on permettait alors ce terme peu tragique. Muilre et maîtresse semblent faire ici un jeu de mots peu noble. (V.)
'■' Souvent en ce temps-là on supprimait le ne quand il fallait l'employer, et on s'en servait quand il fallait l'oinettre. Le second ne est ici un solécisme. // iieul à vous, c'est-à-dire H c/epend de vous que je passe , que je fusse, que je combatte, etc.
Vous voulez à tous deux nous faire cette grâce.?
ARSINOÉ
Tenez-vous assuré que je n'oublîrai rien.
Je connais votre cœur, ne doutez pas du mien.
ATTALE
Madame , c'est donc là le prince Nicomède.?
Oui , c'est moi qui viens voir s'il faut que je vous cède.
ATTALE
Ah ! seigneur, excusez si , vous connaissant mal '.,.
Prince, faites-moi voir un plus digne rival ^
Si vous aviez dessein d'attaquer cette place,
Ne vous départez point d'une si noble audace :
Mais , comme à son secours je n'amène que moi ,
Ne la menacez plus de Rome ni du roi.
Je la défendrai seul; attaquez-la de même ,
Avec tous les respects qu'on doit au diadème.
Je veux bien mettre à part, avec le nom d'aîné,
Le rang de votre maître où je suis destiné;
Et nous verrons ainsi qui fait mieux un brave homme 3,
Des leçons d'Annibal , ou de celles de Rome.
Adieu ; pensez-y bien , je vous laisse y rêver.