NICOMÈDE, ACTE III, SCÈNE II
Qu'à n'y voir point de trône à qui je sois soumise , A vivre indépendante, et n'avoir en tous lieux ' Pour souverains que moi , la raisoh , et les dieux.
PRUSIAS
Ces dieux vos souverains, et le roi votre père, De leur pouvoir sur vous m'ont fait dépositaire ; Et vous pourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c'est en tous lieux que la raison des rois. Pour en faire l'épreuve allons en Arménie ; Je vais vous y remettre en bonne compagnie ' ; Partons ; et dès demain , puisque vous le voulez , Préparez -vous à voir vos pays désolés ; Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre , Des montagnes de morts, des rivières de sang ^.
Je perdrai mes États, et garderai mon rang; Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette l\Ie feront votre esclave, et non votre sujette : Ma vie est en vos mains , mais non ma dignité.
PRUSIAS
Nous ferons bien changer ce courage indompté ; Et quand vos yeux , frappés de toutes ces misères , Verront Attale assis au troue de vos pères , Alors , peut-être , alors vous le prîrez en vain Que pour y remonter il vous donne la main.
LAODICE
Si jamais jusque-là votre guerre m'engage , Je serai bien changée et d'âme et de courage'^. Mais peut-être, seigneur, vous n'irez pas si loin : Les dieux de ma fortune auront un peu de soin ; Ils vous inspireront, ou trouveront un homme Contre tant de héros que vous prêtera Rome.
PRUSIAS
Sur un présomptueux vous fondez votre appui ; Mais il court à sa perte, et vous traîne avec lui.
Pensez-y bien , madame , et faites-vous justice , Choisissez d'être reine , ou d'être Laodice ;
fi ."if, Et , pour dernier avis que vous aurez de moi , Si vous voulez régner faites Attale roi. Adieu'.