FLAMINIUS, LAODICE
FLAMINIUS
Madame, enfln une vertu parfaite»...
Suivez le roi , seigneur, votre ambassade est faite ^ ; Et je vous dis encor, pour ne vous point flatter, Qu'ici je ne la dois ni la veux écouter.
FLAMINIUS
Et je vous parle aussi , dans ce péril extrême , Moins en ambassadeur qu'en homme qui vous aime , Et qui , touché du sort que vous vous préparez , Tâche à rompre le cours des maux oii vous courez.
J'ose donc comme ami vous dire en confidence Qu'une vertu parfaite a besoin de prudence, Et doit considérer, pour son propre intérêt. Et les temps où l'on vit , et les lieux où l'on est. La grandeur de courage en une âme royale N'est sans cette vertu qu'une vertu brutale * , Que son mérite aveugle, et qu'un faux jour d'honneur Jette en un tel divorce avec le \Tai bonheur. Qu'elle-même se livre à ce qu'elle doit craindre. Ne se fait admirer que pour se faire plaindre. Que pour nous pouvoir dire, après un grand soupir, " J'avais droit de régner, et n'ai su m'en servir. »
' £n /OMS ZjV'/x ne peut signifier que l'Arménie, car elle dit 1 qu'elle n'est rien hors de l'Arménie. Il y a du moins là une ap- I parence de contradiction ; et en tous lieux est une cheville qu'il ] faut éviter autant qu'on le peut. (V.)
2 C'est-à-dire accompagnée d'une armée : mais cette expression, pour vouloir être ironique, ne devient-elle pas comique? (V.)
3 Cette scène est une suite delà conversation dans laquelle on a proposé à Laodice la main d'Altale; sans cela, ce long détail de menaces paraîtrait déplacé. Le spectateur ne voit pas comment la princesse peut les mériter : elle vient, par déférence pour le roi , de refuser la visite d'un ambassadeur; il .semble que cela ne doit pas enfjascr à dévaster son pays. De plus , le faible Prusias , qui parle tout d'un c.oupdernontnf/iic.t de morts à une jeune princesse, ne res.senible-t-il pas trop à ces personnages de comédie qui tremblent devant les forts, et qui sont hardis avecles faibles? (V.)
4 Mauvaise façon déparier : âme etcourage, pléonasme. (V.)
' Remarquez qu'un ambassadeur de Rome, qui ne dit mot dans cette scène, y fait un personnage trop subalterne. Il faut rarement mettre sur la scène des personnages principaux sans les faire parler : c'est un défaut essentiel. Cette scènede petites bravades, de petites picoleries, de petites dicussions, entre Prusias et Laodice, n'a rien de tragique; et Flaminius, qui ne dit mot, est insupportable. (V.)
^ Ce n'est guèn; que dans la passion qu'il est perntîs de ne pas I achever sa pbra.se. La faute est très-petite ; mais elle est si coni- 1 mune danstoutesnos tragédies, qu'elle mérite attention. (V.)
3 f'olre a^nbassade est faite e6l UQ peu comique. Sosie dit dans Amphitryon :
O juste ciel ! j'ai fait une belle ambassade I
Mais aussi c'est Sosie qui parle. (V.)
4 Cetteexpression est très-brutale, surtoutd'un ambassadeur à une princesse. D'ailleurs ce discours de Flaminius, pour être fin et adroit , n'en est pas moins entortillé et obscur. Une vertu. brululi: (jii'iin faux jour d'honneur Jette en divorce avec le vrai bonheur, qui se livre à ce qu'elle craint; et cette vertu brutale qui, après un grand sou/iir, dit qu'elle avait droit de régner; tout cela est bien étrange. La clarté, le naturel, doivent être les premières qualités de la diction. Quelle différence , quand Néron dit à Junie, dans Racine :
Kt ne proférez point à la solide gloire
Des honneur» dont César prétend vous revêtir
La floirc d'un refus sujet nu repentir 1
GôG