NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE I
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L'infâme et lâche tour qu'un pfince m'a joué. Qu'en présence des rois les vérités sont fortes ' ! Que pour sortir d'un cœur elles trouvent de portes ' ! Qu'on en voit le mensonge aisément confondu ! [du. Tousdeuxvoulaientme perdre, ettous deux l'ont per-
ATTALE
Je suis ravi devoir qu'une telle imposture Ait laissé votre gloire et plus grande et plus pui'c ; Mais pour l'examiner, et bien voir ce que c'est, Si vous pouviez vous mettre un peu hors d'intérêt , Vous ne pourriez jamais , sans un peu de scrupule , Avoir pour deux méchants une âme si crédule. Ces perfides tous deux se sont dits aujourd'hui Et subornés par vous , et subornés par lui : Contre tant de vertus, contre tant de victoires, Doit-on quelque croyance à des âmes si noires ^ ? Qui se confesse traître est indigne de foi.
Vous êtes généreux , Attale , et je le voi ; Même de vos rivaux la gloire vous estchère.
ATTALE
Si je suis son rival, je suis aussi son frère;
Nous ne sommes qu'un sang 4 , et ce sang dans mon
A peine à le passer pour calomniateur ^. [cœtu-
ARSINOÉ
Et vous en avez moins à me croire assassine '• , Moi, dont la perte est sûre à moins que sa ruine?
ATTALE
Si contre lui j'ai peine à croire ces témoins , Quand ils vous accusaient je les croyais bien yioins. Votre vertu, madame, est au-dessus du crime. Souffrez donc que pour lui je garde un peu d'estime La sienne dans la cour lui fait mille jaloux , Dont quelqu'un a voulu le perdre auprès de vous ; Kt ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie
' Ce ne sont pas ces vérités qui sont fortes , c'est la présence Jfs rois qui est supposée ici assez forte pour forcer la vérité de paraître. (V.)
^ On a déjà dit que toute métaphore, pour être bonne, doit fournir un tableau à un peintre ♦ : il est diflicile de peindre des vérités qui sortent d'un cœur par plusieurs portes. On ne peut guère écrire plus mal. Il est à croire que l'auteur tit cette pièce au courant de la plume. Il avait acquis une prodigieuse facilité d'écrire , qui dégénéra eulin en impossibilité d'écrire élégamment. (V.)
3 Bien voir ce que c'est, devoir de la croyance contre des victoires, le premier est trop familier, le second n'est pas exact.
^ Je crois que cette expression peut s'admettre , quoiqu'on ne dise pas deux sangs. (V.)
5 ,:/ peine à le passer n'est pas français; on ditdans le comique, je le passe pour honnête homme. (V.)
6 Je ne sais si I(! mot assassine, pris comme substantif féminin , se peut dire ; il est certain du moins qu'il n'est pas d'usage. (V.)
* Vollalre ne se lasse pas de répéter cet élraiigc paradoxe. (P.)
Oui s'efforce à noircir une si belle vie.
Pour moi, si par soi-même on peut juger d'autrui , Ce que je sens en moi , je le présume eh lui. Contre un si grand rival j'agis à force ouverte, Sans blesser son honneur, sans pratiquer sa perte. J'emprunte du secours, et le fais hautement; Je crois (ju'il n'agit pas moins généreusement , Qu'il n'a que les desseins oii sa gloire l'invite, Et n'oppose à mes vœux que son propre mérite.
ARSINOÉ
Vous êtes peu du monde, et savez mal la cour.
ATTALE
Est-ce autrement qu'en prince on doit traiter l'amour ?
ARSINOÉ
Vous le traitez, mon fils, et parlez en jeune homme'.
ATTALE
Madame, je n'ai vu que des vertus à Rome.
ARSINOÉ
Le temps vous apprendra, par de nouveaux emplois, Quelles vertus il faut à la suite des rois. Cependant, si le prince est encor votre frère , Souvenez-vous aussi que je suis votre mère; Et , malgré les soupçons que vous avez conçus , Venez savoir du roi ce qu'il croit là-dessus.