‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1028 sur 1093 · IC051ÈDE · texte numérisé non relu

IC051ÈDE

De quoi , madame ' ? est-ce d'avoir conquis Trois sceptres , que ma perte expose à votre lils ? D'avoir porté si loin vos armes dans l'Asie, Que même votre Rome en a pris jalousie ? D'avoir trop soutenu la majesté des rois? Trop rempli votre cour du bruit de mes exploits? Trop du grand Annibal pratiqué les maximes? S'il faut grâce pour moi , choisissez de mes crimes , Les voilà tous , madame ; et si vous y joignez D'avoir cru des méchants par quelque autre gagnés , D'avoir une âme ouverte, une franchise entière, Qui , dans leur artifice, a manqué de lumière. C'est gloire et non pas crime à qui ne voit le jour

Gràee & ce conquérant , à ce prenenr de villes ! * Grâce... — 4)e quoi, madame? etc.

t'est encore ici de l'ironie. Nicomède ne doit pas répondre sur ic même ton , clnc faire que répeter qu'ila pris des villes. (V )

Qu'au milieu d'une armée , et loin de votre cour,

Qui n'a que la vertu de son intelligence ' ,

Et , vivant sans remords , marche sans défiance.

ABSINOÉ.

Je m'en dédis , seigneur ; il n'est point criminel S'il m'a voulu noircir d'un opprobre éternel , Il n'a fait qu'obéir à la haine ordinaire Qu'imprime à ses pareils le nom de belle-mère. De cette aversion son cœur préoccupé M'impute tous les traits dont il se sent frappé. Que son maître Annibal , malgré la foi publi([ue , S'abandonne aux fureurs d'une terreur panique ' ; Que ce vieillard confie et gloire et liberté Plutôt au désespoir qu'à l'hospitalité ; Ces terreurs , ces fureurs , sont de mon artifice. Quelque appas que lui-même il trouve en Laodice , C'est moi qui fais qu'Attale a des yeux comme lui ; C'est moi qui force Rome à lui servir d'appui ; De cette seule main part tout ce qui le blesse; Et pour venger ce maître et sauver sa maîtresse, S'il a tâché , seigneur, de m'éloigner de vous , Tout est trop excusable en un amant jaloux. Ce faible et vain effort ne touche point mon âme. Je sais que tout mon crijne est d'être votre fenune ; Que ce nom seul l'oblige à me persécuter : Car enfin hors de là que peut-il m'imputer 3? ]\Ia voix , depuis dix ans qu'il commande une armée , A-t-elle refusé d'enfier sa renommée ?

Et lorsqu'il Ta fallu puissamment secourir, Que la moindre longueur l'aurait laissé périr, Quel autre a mieux pressé les secours nécessaires? Qui l'a mieux dégagé de ses destins contraires? A-t-il eu près de vous un plus soigneux agent Pour hâter les renforts et d'hommes et d'argent :' Vous le savez, seigneur, et pour reconnaissance . Après l'avoir servi de toute ma puissance , Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous : Mais tout est excusable en un amant jaloux 4; Je vous l'ai déjà dit.

' Cela veut dire, qui ne s'entend qu'avec lu vertu; iniu:cela e.sl Irè.s-mal dit : il semble qu'il n'ait d'autre vertu quo Vintell'ujv.nce. (V.)

2 Fureurs d'une terreur est un contre-sens : fureur est le contraire de la crainte. (V.) —Nous ne prétendons pas justiticr les fureurs d'une terreur panique ; mais il n'est pas toujours vrai que la fureur soit incompatible avec la crainte. Voltaire, dans le poème de Fontenoi, prête au Rhin de la fureur, quoique ce fleuve soit effrayé :

Ce dieu même en fureur , effrayé du passage , Cédant à nos aïeux son onde et sou rivage.

3 Hors de là , c'est toujours le style de la comédie. (V.)

4 II y a de l'ironie dans ce vers, et le pauvre l'rusias ne le sent pas ; il ne sent rien : tranchons V mot , il Joue le rôle d'un vieux père de famille imbécile. Mais, dira-ton, cela n'est-il pas dans la nature? n'y a-t-il pas des rois qui (.gouvernent trè.'» mal leurs familles , qui sont trompés par leurs femmes et wA-

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