‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1029 sur 1093 · NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE H · texte numérisé non relu

NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE H

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rausi.vs.

Ingrat ! que peux-tu dire ?

mCOMÈDE.

Que la reine a pour moi des bontés que j'admire. Je ne vous dirai point que ces puissants secours Dont elle a conservé mon honneur et mes jours, El qu'avec tant de pompe à vos yeux elle étale , Travaillaient par ma main à la grandeur d'Attale ; Que par mon propre bras elle amassait pour lui • , Et préparait dès lors ce qu'on voit aujourd'hui. Par quelques sentiments qu'elle aie été poussée , J'en laisse le ciel juge , il connaît sa pensée ; Il sait pour mon salut comme elle a fait des vœux ; Il lui rendra justice , et peut-être à tous deux.

Cependant , puisque enfin l'apparence est si belle , Elle a parlé pour moi , je dois parler pour elle , Et pour son intérêt vous faire souvenir Que vous laissez longtemps deux méchants à punir. Envoyez Métrobate et Zenon au supplice.

Sa gloire attend de vous ce digne sacrifice : Tous deux l'ont accusée ; et s'ils s'en sont dédits Pour la faire innocente et charger votre fils , Ils n'ont rien fait pour eux, et leur mort est trop juste Après s'être joués d'une personne auguste. L'offense une fois faite à ceux de notre rang ]\e se répare point que par des flots de sang * : On n'en fut jamais quitte ainsi pour s'en dédire. 11 faut sous les tourments que l'imposture expire; Ou vous exposeriez tout votre sang royal A la légèreté d'un esprit déloyal.

L'exemple est dangereux et hasarde nos vies , S'il met en sûreté de telles calomnies ^.

ARSINOÉ

Quoi ! seigneur, les punir de la sincérité

Qui soudain dans leur bouche a mis la vérité ,

Qui vous a contre moi sa fourbe découverte ,

Qui vous rend votre femme et m'arrache à ma perte ,

Qui vous a retenu d'en prononcer l'arrêt;

Et couvrir tout cela de mon seul intérêt!

C'est être trop adroit, prince, et trop bien l'entendre 4,

prisés par leurs enfants? Oui ; mais il ne faut pas les mettre sur le théâtre trafique. Pouniuiii? c'est qu'il ne faut pas peindre des Anes dans les halaille.s d'Arljelies ou de Pliarsale. (V.)

' Amassait quoi ? amasser n'est poiiU un verbe sans régime ; partout des solécismes. (V.)

' Point que n'est pas français, il faut, ne se répare que par desjlots. (V.)

-' L'expression propri' était, s'il laisse du telles calomnies impunies : on ne uni point la calomnie en sûreté , ou l'enhardit par l'impunité. (V.)

4 O' ton bourgeois rend encore le rôle d'Arsinoé pins bas et plus petit. L'accusation d'un assassinat devait au moins jeter du trafiique dans la pièce; mais il v produit à peine un fiUble intérêt de curiosité. (V }

PRIISIAS.

Laisse là Métrobate , et songe à te dcfemlie ' . Purge-toi d'un forfait si honteux et si bas.

ISICOMÈDE.

M'en purger! moi, seigneur ! vous ne le croyez pas ' ! Vous ne savez que trop qu'un homme de ma sorte , Quand il se rend coupable, un peu plus haul se porte . Qu'il lui faut un grand crime à tenter son devoir \ Où sa gloire se sauve à l'ombre du pouvoir.

Soulever votre peuple, et jeter votre armer Dedans les intérêts d'une reine opprimée; Venir, le bras levé, la tirer de vos mains , Malgré l'amour d'Attale et l'effort des Romains , Et fondre en vos pays contre leur tyrannie Avec tous vos soldats et toute l'Arménie; C'est ce que pourrait faire un homme tel que moi , S'il pouvait se résoudre à vous manquer de foi. La fourbe n'est le jeu que des petites âmes , Et c'est là proprement le partage des femmes ■*.

Punissez donc , seigneur, Métrobate et Zenon ; Pour la reine , ou pour moi , faites-vous-en raison. A ce dernier moment la conscience presse ; Pour rendre compte aux dieux tout respect humain Et cesesprits légers, approchantdes abois ^, [cesse ^ ; Pourraient bien se dédire une seconde fois

ARSINOÉ

Seigneur...

Parlez , madame , et dites quelle cause A leur juste supplice obstinément s'oppose ; Ou laissez-nous penser qu'aux portes du trépas

• Ce discours est d'un prince Imbécile; c'est précisément di! Métrobate qu'il s'asil- Le roi ne peut savoir la vérité qu'en faisant donner la question à ces deux niiséraJjles ; et ceUe vérité qu'il néglifie, lui importe inliniment. (V.)

2 Ce vers est beau , noble , convenable au caractère et à la situation; il fait voir tous les défauts précédents. (V.) — ("e vers est si beau, que Voltaire s'en est ressouvenu dans Œdipe, en faisant dire à Jocasle par Philoctéte :

Qui? moi , (le tels forfuita , moi , des assassinats 1 Et que de votre époux .. VouB ne le croyez pas! P.

3 Un homme de sa sorte, qui un peu plus haut se porte, cl à gui il faut un grand crime à tenter son devoir, n'a pas un style digne de ce beau vers :

M'en purger! moi, seignenrl vous no le croyez pas

H y a de la grandeur dans ce que dit Nicomède; mais U faut que la grandeur et la pureté du style y répondent. (V.)

4 Ce vers, quoique indirectement adressé à Arsinoé, n'est il pas un trait un peu fort contre tout le sexe? yuoiijue Corneille ait pris plaisir ù fuire des rôles de femmes nobles , tiers et intéressants, on peut cependant remarquer qu'en général il ne les ménage pas. (V.)

5 Ces idées sont belles ot ju.stes; elles devraient être exprimées avec plus de forc»! et d'élégance. (V.)

ti Celte expression rf<s '/'"'/s qui par elle-même n'est pas noble, n'est plus d'usage aujourd'hui : un rspiil In/cr qui approilir dis abois est une impropriété trop grande. (V.)

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