NICOMEDE, ACTE IV, SCÈNE III
Ils auraient des remords qui ne vous plairaient pas.
ARSIXOÉ.
Vous voyez à quel point sa haine m'est cruelle ;
Quand je le justifle, il me fait criminelle :
Mais sans doute , seigneur, ma présence l'aigrit ,
Et mon éloignement remettra son esprit ;
Il rendra quelque calme à son cœur magnanime ,
Et lui pourra sans doute épargner plus d'un crime.
Je ne demande point que par compassion Vous assuriez un sceptre à ma protection ', Ki que, pour garantir la personnned'Attale, Vous partagiez entre eux la puissance royale : Si vos amis de Rome en ont pris quelque soin , C'était sans mon aveu , je n'en ai pas besoin. Je n'aime point si mal que de ne vous pas suivre "^ , Sitôt qu'entre mes bras vous cesserez de vivre ; Et sur votre tombeau mes premières douleurs Verseront tout ensemble et mon sang et mes pleurs.
PRUSIAS
Ah ! madame !
ARSINOÉ
Oui , seigneur, cette heure infortunée Par vos derniers soupirs clora ma destinée ^ ; Et , puisque ainsi jamais il ne sera mon roi , Qu'ai-je à craindre de lui ? que peut-il contre moi.' Tout ce que je demande en faveur de ce gage , De ce fils qui déjà lui donne tant d'ombrage , C'est que chez les Romains il retourne achever Des jours que dans leur sein vous fîtes élever, Qu'il retourne y traîner, sans péril et sans gloire. De votre amour pour moi l'impuissante mémoire. Ce grand prince vous sert, et vous servira mieux Quand il n'aura plus rien qui lui blesse les yeux : Et n'appréhendez point Rome, ni sa vengeance; Contre tout son pouvoir il a trop de vaillance : Il sait tous les secrets du fameux Annibal 4, De ce héros à Rome en tous lieux si fatal. Que l'Asie et l'Afrique admirent l'avantage
' Le sens n'est pas assez clair, elle veut dire, que ma protection assure le sceptre à mon fils. (V.)
^ Cela n'est pas français ; il fallait , je vous aime trop pour ne vous pas suivre : ou plutôt il ne fallait pas exprimer ce sentiment, qui est admirable quand il est vrai, ridicule quand il est faux. (V.)
3 Clore, clos, n'est absolument point d'usage dans le style tragique. L'intérêt devrait être pressant dans celte scène, et ns l'est pas : c'est que Prusias, sur qui se fixent d'aliord les yeux , partagé entre une femme et un fils, ne dit rien d'intéressant: il est même encore avili : on voit que sa femme le trompe ridicutement , et que son lils le brave : on ne craint rien , au fond , pour Nicomède; on méprise le roi, on hait la reine. (V.)
4 Jl sait tous les secrets est une expression bien basse pour signifier, il est l'élève du grand Annibal, ila été formé par lui dans Vart de la f/uerre et de la politique. Arsinoé parle avec trop d'ironie, et laisse peut-être trop voir sa haine dans le Uuips qu'elle veut la dissimuler. (V )
Qu'en tire Antiochus , et qu'en reçut Carlhage ,
Je me retire donc afin qu'en liberté Les tendresses du sang pressent votre bonté ; Et je ne veux plus voir,ni, qu'en votre présence, Un prince que j'estime indignement m'offense, Ni, que je sois forcée à vous mettre en courroux Contre un fils si vaillant et si digne de vous.