‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1031 sur 1093 · PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE · texte numérisé non relu

PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE

PRUSIAS

Nicomède , en deux mots , ce désordre me fiche ' . Quoi qu'on t'ose imputer, je ne te crois point lâche , Mais donnons quelque chose à Rome qui se plaint , Et tâchons d'assurer la reine qui te craint '. J'ai tendresse pour toi , j'ai passion pour elle ■* ; Et je ne veux pas voir cette haine éternelle , Ni que des sentiments que j'aime à voir durer Ne régnent dans mon cœur que pour le déchirer. J'y veux mettre d'accord l'amour et la nature , Être père et mari dans cette conjoncture...

Seigneur, voulez-vous bien vous en lier à moi ? Ne soyez l'un ni l'autre.

PRUSIAS

Etquedois-jeêtre.?

Roi.

Reprenez hautement ce noble caractère.

Un véritable roi n'est ni mari ni père ; Il regarde son trône, et rien de plus. Régnez ; Rome vous craindra plus que vous ne la craignez *.

' Le mot/dcAerest bien bourgeois. Ce vers comique et trivial Jette du ridicule sur le caractère de Prusias, et fait trop apercevoir au spectateur que toute l'intrigue de cette tragédie n'est qu'une tracasserie (V.)

^ Le mot d'assurer n'est pas français ici , il faut de rassu7-rr : on assure une vérité; on rassure une âme intimidée. (V.) — Nous avons déjà opposé à cette décision de Voltaire un exemple tiré de Racine. Esther nous en offre un second :

0 bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore I (P.)

3 II faut pour l'exactitude, 7'ffi de la tendresse, j'ai de la passion ; et pour la noblesse et l'élégance , il faut un autre tour. (V.)

4 Ce morceau sublime , Jeté dans cette comédie , fait voir combien le reste est petit. Il n'y a peut-être rien de plus beau dans les meilleures pièces de Corneille. Ce vrai sublime fait sentir combien l'ampoulé doit déplaire aux esprits bien faits. Il n'y a pas un mot dans ces quatre vers qui ne soit simple et noble ; rien de trop ni de trop peu; l'idée est grande, vraie, bien placée, bien exprimée. Je ne connais point dans les anciens de passage qui l'emporte sur celui-ci. Il fallait que toute la pièce fut sur ce ton héroïque. Je ne veux pas dire que tout doive tendre au sublime, car alors il n'y en aurait point ; mais tout doit être noble. NicouiOdc insulte ici un peu son père, maiq Prubias le mérilc. (V.)

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