‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1032 sur 1093 · NICOMÈDE, ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

NICOMÈDE, ACTE IV, SCENE IV

Malgré cette puissance et si vaste et si grande , Vous pouvez déjà voir comme elle m'appréhende , Combien en me perdant elle espère gagner. Parce qu'elle prévoit que je saurai régner.

PBUSIAS.

Je règne donc , ingrat ! puisque tu me l'ordonnes ; Choisis, ou Laodice, ou mes quatre couronnes : Ton roi fait ce partage entre ton frère et toi ; Je ne suis plus ton père, obéis à ton roi.

Si vous étiez aussi le roi de Laodice, Pour l'offrir à mon choix avec quelque justice , Je vous demanderais le loisir d'y penser : Mais enfin pour vous plaire , et ne pas l'offenser, J'obéirai , seigneur, sans répliques frivoles , A vos intentions, et non à vos paroles.

A ce frère si cher transportez tous nies droits , Et laissez Laodice en liberté du choix. Voilà quel est le mien.

PRUSIAS

Quelle bassesse d'àme !

Quelle fureur t'aveugle en faveur d'une fennne ! Tu la préfères, lâche! à ces prix glorieux Que ta valeur unit au bien de tes aïeux ! Après cette infamie es-tu digne de vivre ' ?

Je crois que votre exemple est glorieux à suivre : Ne préférez-vous pas une femme à ce fils Par qui tous ces États aux vôtres sont unis ?

PRUSIAS

Me vois-tu renoncer pour elle au diadème ?

IMe voyez-vous pour l'autre y renoncer moi-même ? Que cédé-je à mon frère en cédant vos États ? Ai-je droit d'y prétendre avant votre trépas? Pardonnez-moi ce mot, il est fâcheux à dire : Mais un monarque enfin comme un autre homme ex- Kt vos peuples alors , ayant besoin d'un roi , [pire ' ; Voudront choisir peut-être entre ce prince et moi.

Seigneur, nous n'avons pas si grande ressemblance, Qu'il faille de bons yeux pour y voir différence; Et ce vieux droit d'aînesse est souvent si puissant, Que pour remplir un trône il rappelle un absent. Que si leurs sentiments se règlent sur les vôtres.

• Prusias ne doit point traiter son (ils de lâche, ni lui dire qu'il est indigne de vivre après cette infamie : il doit avoir ;lssez d'esprit pour entendre ce que lui dit son liis, et que ce prince lui explique bientôt après. (V.)

' Quoique ce vers soil un peu prosaïque, il est si vrai, si ferme, si naturel, si convenable au caractère de Nicomède, qu'il doit plaire beaucoup, ainsi que le reste de la tirade. On aime ces vérilés dures et lières, surtout quand elles sont dans la bouche d'un personnage qui les relève encore par sa situation. (V.)

Sous le joug de vos lois j'en ai bien rangé d'autres; Et , dussent vos Romains en être encor jaloux , Je ferai bien pour moi ce que j'ai fait pour vous.

PRUSIAS

J'y donnerai bon ordre.

Oui , si leur artifice De votre sang par vous se fait un sacrifice; Autrement vos Etats à ce prince livrés Ne seront en ses mains qu'autant que vous vivrez. Ce n'est point en secret que je vous le déclare; Je le dis à lui-même, afin qu'il s'y prépare : Le voilà qui m'entend.

PRUSIAS

Va, sans verser mon sang, Je saurai bien, ingrat! l'assurer en ce rang; Et demain...

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