PERTHARITE , ACTE IV, SCÈNE V
GARIBALDE-
L'amour vous séduira.
GRIMOALD
Je n'en crains point les feux ; Ih ont peu de pouvoir quand Pâme est résolue.
GARIBALDE.
Agissez donc, seigneur, de puissance absolue; Soutenez votre sceptre avec l'autorité Qu'imprime au front des rois leur propre majesté. Un roi doit pouvoir tout , et ne sait pas bien l'être Quand au fond de son cœur il souffre un autre maître.
GRIMOALD, PERTHARITE, RODELINDE, GARIRALDE, UNULPHE.
GRIMOALD
\ lens , fourbe , viens , méchant , éprouver ma bonté ,
Et ne la réduis pas à la sévérité.
Je veux le faire grâce : avoue et me confesse
D'un si hardi dessein qui t'a fourni l'adresse ,
Qui des deux l'a formé , qui l'a le mieux instruit ;
lu m'entends : et surtout fais cesser ce faux bruit ,
Détrompe mes sujets , ta prison est ouverte;
Sinon , prépare-loi dès demain à ta perte :
N'y force pas ton prince; et, sans plus l'obstiner,
Mérite le pardon qu'il cherche à te donner.
PERTHARITE
Que tu perds lâchement de ruse et d'artiflce Pour trouver à me perdre une ombre de justice , Et sauver les dehors d'une adroite vertu Dont aux yeux éblouis tu parais revêtu! Le ciel te livre exprès une grande victime , Pour voir si lu peux être et juste et magnanime ; INIais il ne t'abandonne après tout que son sang ; Tu ne lui peux ùter ni son nom ni son rang. Je mourrai comme roi né pour le diadème; Et bientôt mes sujets , détrompés par loi-même , Connaîtront par ma mort qu'ils n'adorent en loi Que de fausses couleurs qui te peignent en roi. Hâte donc cette mort , elle t'est nécessaire ; Car puisque enfin tu veux la vérité sincère , Tout ce qu'entre tes mains je forme de souhaits , C'est d'affranchir bientôt ces malheureux sujets. Crains-moi si je l'échappe; et sois sik de ta perte Si par ton mauvais sort la prison m'est ouverte. Mon peuple aura des yeux pour connaître son roi , f'^t mettra différence entre un tyran et moi : Il n'a point de fureur que soudain je n'excite. Voilà dedans tes fers l'espoir de Pertharite ; Voilà des vérités qu'il ne peut déguiser, Et l'aveu qu'il le faut pour le désabuser
RODELINDE.
VeiLX-tu pour t'éclaircir de plus illustres marques.? Veux-tu mieux voir le sang de nos premiers monar- Ce grand cœur... [ques ?
GRIMOALD
Oui , madame , il est fort bien instruit A montrer de l'orgueil , et fourber à grand bruit. Mais si par son aveu la fourbe reconnue Ne détrompe aujourd'hui la populace émue, Qu'il prépare sa tête , et vous-même en ce lieu Ne pensez qu'à lui dire un éternel adieu.
Laissons-les seuls, Unulphe, et demeure à la porte ; Qu'avant que je l'ordonne aucun n'entre ni sorte.