SCÈNE V
PERTHARITE, RODELINDE.
PERTHARITE
Madame, vous voyez où l'amour m'a conduit.
J'ai su que de ma mort il courait un faux bruit ,
Des désirs du tyran j'ai su la violence;
J'en ai craint sur ce bruit la dernière insolence,
Et n'ai pu faire moins que de tout exposer
Pour vous revoir encore et vous désabuser.
J'ai laissé hasarder à celte digne envie
Les restes languissants d'une importune vie ,
A qui l'ennui mortel d'être éloigné de vous
Semblait à tous moments porter les derniers coups.
Car, je vous l'avoùrai , dans l'état déplorable
Où m'abîme du sort la haine impitoyable ,
Où tous mes alliés me refusent leurs bras.
Mon plus cuisant chagrin est de ne vous voir pas.
Je bénis mon destin, quelques maux qu'il m'envoie,
Puisqu'il peut consentir à ce moment de joie;
Et , bien qu'il ose encor de nouveau me trahir,
En un moment si doux je ne le puis haïr.
RODELINDE.
C'était donc peu, seigneur, pour mon âme afiligée , De toute la misère où je me vois plongée; C'était peu des rigueurs de ma captivité. Sans celle où votre amour vous a précipité : Et pour dernier outrage où son excès m'expose , Il fiuit vous voir mourir et m'en savoir la cause !
Je ne vous dirai point que ce moment m'est doux , Il met à trop haut prix ce qu'il me rend de vous ; Et votre souvenir m'aurait bien su défendre De tout ce qu'un tyran aurait osé prétendre, rs'attendez point de moi de soupirs ni de pleurs; Ce sont amusements de légères douleurs.
L'amour que j'ai pour vous hait ces molles bassesses Où d'un sexe craintif descendent les faiblesses ; Et contre vos malheurs j'ai trop su m'affermir. Pour ne dédaigner pas l'usage de gémir.