‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1082 sur 1093 · PERTÎURITE, ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

PERTÎURITE, ACTE IV, SCÈNE VI

t)'un déplaisir si grand la noble violence Se résout tout entière en ardeur de vengeance , Et, méprisant Téclat, porte tout son effort A sauver votre vie , ou venger votre mort. Je ferai l'un ou l'autre , ou périrai moi-même.

PEBTHAHITE.

Aimez plutôt, madame, un vainqueur qui vous aime. Vous avez assez fait pour moi, pour votre honneur ; I! est temps de tourner du côté du bonheur, De ne plus embrasser des deslins trop sévères , P',t de laisser finir mes jours et vos misères. Le ciel , qui vous destine à régner en ces lieux , M'accorde au moins le bien de mourir à vos yeux. J'aime à lui voir briser une importune chaîne De qui les noeuds rompus vous font heureuse reine ; lit sous votre destin je veux bien succonjber. Pour remettre en vos mains ce que j'en fis tomber.

RODELIiNDE.

Est-ce là donc, seigneur, la digne récompense De ce que pour votre ombre on m'a vu de conslance? Quand je vous ai cru mort, et qu'un si grand vainqueu r, Sa conquête à mes pieds , m'a demandé mon cœur, Quand toute autre en ma place eiU peut-être fait gloire De cet hommage entier de toute sa victoire...

PERTHARITE

Je sais que vous avez dignement combattu : Le ciel va couronner aussi votre vertu; Il va vous affranchir de celte inquiétude Que pouvait de ma morl former l'incertitude , Et vous mettre sans trouble en pleine liberté De monter au plus haut de la félicité.

ROJ)ELINI)E.

Que dis-tu , clier époux ?

PERTHARITE

Que je vois sans murmure INaître votre bonheur de ma triste aventure. I/amour me ramenait sans pouvoir rien pour vous Que vous envelopper dans l'exil d'un époux , Vous dérober sans bruit à cette ardeur infâme Où s'opposent ma vie et le nom de ma femme. Pour changer avec gloire il vous faut mon trépas ; Kl s'il vous fait régner, je ne le perdrai pas. Après tant de malheurs que mon amour vous cause, Il est temps que ma mort vous serve à quelque chose. Et qu'un victorieux à vos pieds abattu Cesse de renoncer à toute sa vertu.

D'un conquérant si grand et d'un héros si rare Vous faites trop longtemps un tyran , un barbare ; Il l'est , mais seulement pour vaincre vos refus. Soyez à lui , madame, il ne le sera plus; Et je tiendrai ma vie heureusement perdue, Puisque...

RODELINDE.

N'achève point un discours qui me tue ,

Et ne me force point à mourir de douleur, Avant qu'avoir pu rompre ou venger Ion malheur. IMoi qui l'ai dédaigne d;iiis son char de victoire. Couronne de vertus encor plus que de gloire. Magnanime, vaillant, juste, bon , généreux , Pour m'attacher à l'ombre, au nom d'un malheureux, Je pourrais à la \-ue, aux dépens de ta vie. Epouser d'un tyran l'horreur et l'infamie , Et trahir mon honneur, ma naissance , mon rang , Pour baiser une main fumante de ton sang! Ah ! tu me connais mieux , cher époux.

PERTHARITE

Non , madame, Il ne faut point souffrir ce scrupule en voire ;ime. Quand ces devoirs communs ont d'importunes lois , La majesté du trône en dispense les rois ; Leur gloire est au-dessus des règles ordinaires, Ll cet honneur n'est beau que pour les cœurs vulgai ri's. Sitôt qu'un roi vaincu tombe auxinainsdu vaiiKpjcur, Il a trop mérité la dernière rigueur.

l\ia mort pour Crinioald ne peut avoir de crime : Le soin de s'affermir lui rend tout légitime. Quand j'aurai dans ses fers cessé de respirer, Donnez-lui votre main sans rien considérer; l'.pargnez les efforts d'une impuissante haine. Kl permettez au ciel de vous faire encor reine.

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