CHRYSANTE, DORIS
CHRYSANTE
C'est trop désavouer une si belle flamme ,
Qui n'a rien de honteux , rien de sujet au blâme :
Confesse-le , ma fille , Alcidon a ton cœur ;
Ses rares qualités l'en ont rendu vainqueur :
Ne vous entr'appeler que « mon âme et ma vie , »
C'estmontrer que tous deux vous n'avez qu'une envie,
Et que d'un même trait vos esprits sont blessés.
DORIS
Madame , il n'en va pas ainsi que vous pensez. Mon frère aime Alcidon , et sa prière expresse M'oblige à lui répondre en termes de maîtresse. Je me fais , comme lui , souvent toute de feux ; Mais mon cœur se conserve au point où je le veux , Toujours libre, et qui garde une amitié sincère A celui que voudra me prescrire une mère.
CHRYSANTE
Oui , pourvu qu'Alcidon te soit ainsi prescrit.
DOBIS.
Madame, puissiez-vous lire dans mon esprit! Vous verriez jusqu'où va ma pure obéissance.
CHBYSANTE.
Ne crains pas que je veuille user de ma puissance ; Je croirais en produire un trop cruel effet. Si je te séparais d'un amant si parfait.
DOBIS.
Vous le connaissez mal ; son âme a deux visages, Et ce dissimulé n'est qu'un conteur à gages ; Il a beau m'accabler de protestations , Je démêle aisément toutes ses fictions ; Il ne me prête rien que je ne lui renvoie : Nous nous entre-payons d'une même monnoie ; Et malgré nos discours , mon vertueux désir Attend toujours celui que vous voudrez choisir : Votre vouloir du mien absolument dispose.
CHRYSANTE
L'épreuve en fera foi ; mais parlons d'autre chose. Nous vîmes hier au bal , entre autres nouveautés , Tout plein d'honnêtes gens caresser les beautés.
DOBIS.
Oui , madame : Alindor en voulait à Célie ; Lysandre, à Célidée; Oronte, à Rosélie.
CHBYSANTE.
Et, nommant celles-ci, tu caches finement Qu'un certain t'entretint assez paisiblement.
DOBIS.
Ce visage inconnu qu'on appelait Florange ?
CHRYSANTE
Lui-même.
DOBIS.
Ah , Dieu ! que c'est un cajoleur étrange !