‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 114 sur 1093 · PHILISTE, CLARICE · texte numérisé non relu

PHILISTE, CLARICE

PHILISTE

Le bonheur aujourd'hui conduisait vos visites, VA semblait rendre hommage à vos rares mérites. Vous avez rencontré tout ce que vous cherchiez.

CLARICE

Oui; mais n'estimez pas qu'ainsi vous m'empêchiez De vous dire, à présent que nous faisons retraite , Combien de chez Daphnis je sors mal satisfaite.

IVIadame, toutefois elle a fait son pouvoir, Du moins en apparence, à vous bien recevoir.

CLARICE

Ke pensez \)U9. aussi que je me plaigne d'elle.

PHILISTE

Sa compagnie était , ce me semble , assez belle.

CLARICE

Que trop belle à mon goût , et , que je pense , au tien ! Deux filles possédaient seules ton entretien ; Et leur orgueil , enflé par cette préférence, De ce qu'elles valaient tirait pleine assurance.

PHILISTE

Ce reproche obligeant me laisse tout surpris : Avec tant de beautés , et tant de bons esprits , Je ne valus jamais qu'on me trouvât à dire.

CLARICE

Avec ces bons esprits je n'étais qu'en martyre ; Leur discours m'assassine, et n'a qu'un certain jeu Qui m'étourdit beaucoup , et qui me plaît fort peu.

PHILISTE

Celui que nous tenions me plaisait à merveilles.

CLARICE

Tes yeux s'y plaisaient bien autant que tes oreilles.

PHILISTE

Je ne le puis nier, puisqu'en parlant de vous , Sur les vôtres mes yeux se portaient à tous coups , Et s'en allaient chercher sur un si beau visage Mille et mille raisons d'un éternel hommage.

CLARICE

O la subtile ruse ! ô l'excellent détour !

Sans doute une des deux te donne de l'amour ;

Mais tu le veux cacher.

PHILISTE

Que dites-vous , madame ?

Un de ces deux objets captiverait mon âme! Jugez-en mieux , de grâce; et croyez que mon cœur Choisirait pour se rendre un plus puissant vainqueur.

CLARICE

Tu tranches du fâcheux. Bélinde et Chrysolithe Manquent donc, à ton gré, d'attraits et de mérite, Elles dont les beautés captivent mille amants !

PHILISTE

Tout autre trouverait leurs visages charmants , Et j'en ferais état , si le ciel m'eût fait naître [tre ; D'un malheur assez grand pour ne vous pas connaî- Mais l'honneur de vous voir, que vous me permettez, Fait que je n'y remarcjue aucunes raretés ; Et plein de votre idée, il ne m'est pas possible Ni d'admirer ailleurs , ni d'être ailleurs sensible.

CLARICE

On ne m'éblouit pas à force de flatter : Revenons au propos que tu veux éviter.

Je veux savoir des deux laquelle est ta maîtresse ; Nedissimule plus , Philiste , et me confesse....

PHILISTE

Que Chrysolithe et l'autre, égales toutes deux , N'ont rien d'assez puissant pour attirer mes vœux. Si , blessé des regards de quelque beau visage.

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