LA VEUVE, ACTE II, SCÈNE I
Mon cœur de sa franchise avait perdu l'usage....
CLAEICE.
Tu serais assez fin pour bien cacher ton jeu.
PHILISTE
C'est ce qui ne se peut : l'amour est tout de feu , Il éclaire en brûlant, et se trahit soi-même. Un esprit amoureux , absent de ce qu'il aime , Par sa mauvaise humeur fait trop voir ce qu'il est ; Toujours morne, rêveur, triste, tout lui déplaît; A tout autre propos qu'à celui de sa flamme , Le silence à la bouche , et le chagrin en l'àme , Son oeil semble à regret nous donner ses regards , Et les jette à la fois souvent de toutes parts , Qu'ainsi sa fonction confuse ou mal guidée Se ramène en soi-même, et ne voit qu'une idée; Mais auprès de l'objet qui possède son cœur, Ses esprits ranimés reprennent leur vigueur : Gai, complaisant,. actif....
CLABICE.
Enfin que veux-tu dire?
PHILISTE
Que , par ces actions que je viens de décrire ,
Vous, de qui j'ai l'honneur chaque jour d'approcher,
Jugiez pour quel objet l'amour m'a su toucher.
CLABICE.
Pour faire un jugement d'une telle importance , Il faudrait plus de temps. Adieu ; la nuit s'avance. Te verra-t-on demain ?
Madame , en doutez-vous ?
Jamais commandements ne me furent si doux : Loin de vous , je n'ai rien qu'avec plaisir je voie', Tout me devient fâcheux , tout s'oppose à ma joie ; Un chagrin invincible accable tous mes sens.
CLABICE.
Si , comme tu le dis , dans le cœur des absents C'est l'amour qui fait naître une telle tristesse, Ce compliment n'est bon qu'auprès d'une maîtresse.
PHILISTE
Souffrez-le d'un respect qui produit chaque jour Pour un sujet si haut les effets de l'amour.