‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 116 sur 1093 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

CLARICE

Las ! il m'en dit assez , si je l'osais entendre ; Et ses désirs aux miens se font assez comprendre; Mais pour nous déclarer une si belle ardeur, L'un est muet de crainte ; et l'autre de pudeur. Que mon rang me déplaît! que mon trop de fortune , Au lieu de m'obliger, me choque et m'importune , Egale à mon Philiste, il m'offrirait ses vceux, Je m'entendrais nommer le sujet de ses feux ,

Et ses discours pourraient forcer ma modestie A l'assurer bientôt de notre sympathie ; Mais le peu de rapport de nos conditions pte le nom d'amour à ses subinissions; Et sous l'injuste loi de cette retenue. Le remède me manque , et mon mal continue. Il me sert en esclave, et non pas en amant. Tant son respect s'oppose à mon contentement? Ah! que ne devient-il un peu plus téméraire ! Que ne s'expose-t-il au hasard de me plaire? Amour, gagne à la fin ce respect ennuyeux , Et rends-le moins timide, ou l'ôte de mes yeux.

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