LA SUIVANTE, ACTE H, SCENE IV
Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie; Le sort en est jeté : va , ma chère Célie, Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi , Flatte-la de ma part , promets-lui tout de moi : Dis-lui que si l'amour d'un vieillard l'importune, Elle fait mie planche • à sa bonne fortune ; Que l'excès de mes biens , à force de présents , Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans; Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure.
CÉLIE
Ne m'importunez point de votre tablature : Sans vos instructions , je sais bien mon métier; Et je n'en laisserai pas un trait à quartier.
GÉRASTE
Je ne suis point ingrat quand on me rend office. Peins-lui bien mon amour, offre bien mon service, Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passés Qu'il ne me reste encor...
CÉLIE
Que vous m'étourdissez !
N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise.^ Que vous allez mourir, si vous n'avez Florise.' Reposez-vous sur moi.
GÉRASTE
Que voilà froidement Me promettre ton aide à finir mon tourment !
CÉLIE
S'il faut aller plus vite , allons , je vois son frère , Et vais , tout devant vous , lui proposer l'affaire.
Ce serait tout gâter ; arrête , et , par douceur. Essaye auparavant d'y résoudre la sœur.