‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 333 sur 1093 · CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE · texte numérisé non relu

CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE

ALIDOR

Finissez vos mépris , ou m'arrachez la vie.

ANGÉLIQUE

Ne m'importune plus, infidèle. Ah, ma sœur! Comme as-tu pu si tôt tromper ton ravisseur ?

PHYLIS , à .ingéllque.

Il n'en a plus le nom ; et son feu légitime , Autorisé des miens, en efface le crime ; I-e hasard me le donne , et changeant ses desseins , 11 m'a mise en son cœur aussi bien qu'en ses mains. Son erreur fut soudain de son amour suivie ; F.t je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie, .liisque là tes beautés ont possédé ses vœux; Mais l'amour d'Alidor faisait taire ses feux. De peur de l'offenser te cachant son martyre, Il me venait conter ce qu'il ne t'osait dire; Mais nous changeons de sort par cet enlèvement : Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant.

DOBASTE, à Plujiis.

Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console, Puisque avec Alidor je lui rends sa parole.

(« Jngélique.) Satisfaites sans crainte à vos intentions ; Je ne mets plus d'obstacle à vos affections. Si vous faussez déjà la parole donnée , Que ne feriez-vous point après notre hyménée? Pour moi, malaisément on me trompe deux fois : Vous l'aimez , j'y consens , et lui cède mes droits.

ALIDOR , à Angélique.

Puisque vous me pouvez accepter sans parjure , Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure? Vos yeux sont-ils changés , vos feux sont-ils éteints? Et quand mon amour croît , produit-il vos dédains ? Voulez-vous...

'. ANGÉLIQUE

' Déloyal , cesse de me poursuivre ;

Si je t'aime jamais , je veux cesser de vivre. Quel espoir mal conçu te rapproche de moi ? Aurais-je de l'amour pour qui n'a point de foi ?

DOBASTE.

Quoi ! le bannissez-vous parce qu'il vous ressemble?

Cette union d'humeurs vous doit unir ensemble. ! Pour ce manque de foi c'est trop le rejeter : ; Il ne l'a pratiqué que pour vous imiter.

ANGÉLIQI'E.

Cessez de reprocher à mon Ame troublée La faute où la porta son ardeur aveuglée. Vous seul avez ma foi , vous seul à l'avenir Pouvez à votre gré me la faire tenir : Si toutefois , après ce que j'ai pu commettre ,

Vous me pouvez haïr jusqu'à me la remettre , Un cloître désormais bornera mes desseins; C'est là que je prendrai des mouvements plus sains ; C'est là que, loin du monde et de sa vaine pompe, Je n'aurai qui tromper, non plus que qui me trompe.

ALIDOR

Mon souci !

ANGÉLIQUE

Tes soucis doivent tourner ailleurs.

PHYLIS , à Angélique.

De grâce, prends pour lui des sentiments meilleurs.

DORASTE, à Phylls.

Nous leur nuisons, ma sœur; hors de notre présence Elle se porterait à plus de complaisance ; L'amour seul, assez fort pour la persuader, Ne veut point d'autres tiers à les raccommoder.

CLÉANDRE , à Doraste.

Mon amour, ennuyé des yeux de tant de monde, Adore la raison où votre avis se fonde. Adieu, belle Angélique , adieu; c'est justement Que votre ravisseur vous cède à votre amant.

DORASTE , à Angélique.

Je vous eus par dépit, lui seul il vous mérite ; Ne lui refusez point ma part que je lui quitte.

PHYLIS

Si tu m'aimes, ma sœur, fais-en autant que moi. Et laisse à tes parents à disposer de toi. Ce sont des jugements imparfaits que les nôtres : Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres Qui, pour avoir un peu moins de solidité. N'accommodent que mieux notre instabilité. Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte : Mais un dépit d'amour n'en est pas bien la porte; Et l'on court grand hasard d'un cuisant repentir De se voir en prison sans espoir d'en sortir.

CLÉANDRE, Cl PhljUs.

N'achèverez-vous point?

PHYLIS

J'ai fait,, et vous vais suivre.

Adieu. Par mon exemple apprends commeil faut vi\ ic, Et prends pour Alidor un naturel plus doux. {Cléandre, Doraste, PliyUs et Lijcante rentreitl.)

ANGELIQUE

Rien ne rompra le coup à quoi je me résous : Je me veux exempter de ce honteux commerce Où la déloyauté si pleinement s'exerce; Un cloître est désormais l'objet de mes désirs : L'ame ne goûte point ailleurs de vrais plaisirs. Ma foi qu'avait Doraste engageait ma franchise; Et je ne vois plus rien, puisqu'il me l'a remise. Qui me retienne au monde, ou m'arrête en ce lieu : Cherche une autre à trahir ; et pour jamais adieu.

IfiO

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