MEDÉE, ACTE I, SCÈNE V
Jdeone crédit otnne cofitumptum nef as t parait bien plus fort. (V.)
Il faut bien autrement montrer ce que je sai ;
Il fautfaireunchef-d'œuvre, et qu'un dernier ouvrage
Surpasse de bien loin ce faible apprentissage.
Mais , pour exécuter tout ce que j'entreprends , Quels dieux me fourniront des secours assez grands? Ce n'est plus vous , enfers, qu'ici je sollicite : Vos feux sont impuissants pour ce que je médite. Auteur de ma naissance, aussi bien que du jour. Qu'à regret tu dépars à ce fatal séjour. Soleil , qui vois l'affront qu'on va faire à ta race ■ , Donne-moi tes chevaux à conduire en ta place : Accorde cette grâce à mon désir bouillant. Je veux choir sur Corinthe avec ton char brillant : Mais ne crains pas de chute à l'univers funeste ; Corinthe consumé garantira le reste* ; De mon juste courroux les implacables vœux Dans ses odieux murs arrêteront tes feux ; Créon en est le prince , et prend Jason pour gendre : C'est assez mériter d'être réduit en cendre, D'y voir réduit tout l'isthme , afin de l'en punir. Et qu'il n'empêche plus les deux mers de s'unir .
MEDÉE, INÉRINE.
MÉDÉE
Eh bien ! Nérine , à quand , à quand cet hyménée ? En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée? N'en as-tu rien appris ? n'as-tu point vu Jason? N'appréhende-t-il rien après sa trahison? Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre? S'il cesse de m'ainier, qu'il commence à me craindre; Il verra , le perfide, à quel comble d'horreur De mes ressentiments peut monter la fureur.
NÉRINE
Modérez les bouillons de cette violence ; Et laissez déguiser vos douleurs au silence.
' Cette prière au soleil , son père , est encore toute de Sénèque, et devait faire plus d'effet sur les peuples qui mettaient le soleil au rang des dieux, que sur nous qui n'admettons pas cette mythologie. (V.)
* Le talent de Corneille s'annonçaitdéjà dans sa Afedee (quoique mal conçue et mal écrite ) , par quelques morceaux d'une force et d'une élévation de style inconnues avant lui. Tel est ce morceau de Médée, imité de Sénèque. Ailleurs ce pourrait être une déclamation ; mais il faut songer que c'est une magicienne qui parle.
On peut relever quelques fautes de langage ; mais , en total , ce morceau est d'un style inliniment élevé au-dessus de tout co qu'on écrivait dans le temps. Ces deux vers surtout :
Me pent-il bien qifitter après tant de bienfaits? M'oae-t-il bien quitter après tant de forfaits?
offrent un rapprochement d'idées de la plus grande énergie : Il est impossible de dire plus en peu de mots : c'est le vrai sublime. (LaU. )